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Liberté 62 s’emploie aussi à donner des armes aux militants communistes et progressistes face à la bataille idéologique mené par le MEDEF, l’UMP et son président Nicolas Sarkozy.
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Lundi 23 juin 2008


 


COMMÉMORATION

DE LA MORT TRAGIQUE

DE MARC LANVIN

 


Le samedi 29 juin 1968, veille du second tour des élections législatives, le jeune ouvrier communiste Marc Lanvin était lâchement assassiné par des hommes de main du candidat de la droite gaulliste, l’UDR Theeten. MARC était l’un des 6 enfants d’une famille ouvrière des Blancs-Monts particulièrement estimée, il venait d’avoir 18 ans. Ouvrier à l’usine textile de la Maille à Arras, il était militant des Jeunesses communistes. Il avait accepté d’aider des copains socialistes, pour une dernière tournée de surveillance de l’affichage en faveur du candidat d’union de la gauche Guy Mollet, député maire d’Arras. Dans la rue Pasteur à Achicourt, la voiture dans laquelle il avait pris place se trouva face à l’estafette des colleurs d’affiches adverses bloquant la route. Descendu sans méfiance, pour parlementer, Marc fut foudroyé par une balle de 7,65 tirée à bout portant depuis le véhicule de l’UDR. D’autres coups de feu de 22 long rifle atteignirent la DS noire des militants socialistes. Tandis que le malheureux jeune garçon, atteint en plein coeur, était en vain transféré par ses camarades à l’hôpital d’Arras, le commando meurtrier s’enfuyait et se réfugiait dans une ferme à Rouvroy, où il fut cueilli dès le lendemain matin. L’enquête et le procès (à St Omer en mars 1969) révélèrent que les tireurs étaient : J. C. Vallein le chef des cinq nervis recrutés par l’UDR, et A. Verley, ex baroudeur des guerres coloniales, alcoolique notoire, surnommé le légionnaire. On apprit par la suite que l’arme du crime avait été fournie à Marseille par des membres du SAC, le trop fameux service d’ordre gaulliste, créé en 1960 par Pasqua et ses amis. Recrutant dans la pègre, et auteur de nombreux coups tordus le SAC fut dissous en 1982 après la sanglante tuerie d’Auriol. Comme le déclara l’avocat Me Bleitrach, aux assises : «Il y en a d’autres qui ont une responsabilité aussi grande que celle des accusés et qui ne sont pas sur le banc des témoins». Une foule immense et des personnalités venues de la France entière assistèrent aux funérailles de Marc, célébrées par l’évêque d’Arras. C’est Marcel Roger, secrétaire de la section communiste d’Arras qui prononça l’éloge funèbre de son jeune camarade. Une place d’Arras perpétue le nom de Marc Lanvin et une plaque, 45 rue Pasteur à Achicourt rappelle le souvenir de ce jeune ouvrier communiste assassiné. Condamné à 8 ans de prison, l’assassin bénéficia vite d’une remise de peine qui indigna la population arrageoise. La section communiste d’Arras appelle à commémorer le souvenir de Marc Lanvin sur les lieux mêmes de sa mort tragique, 45 rue Pasteur à Achicourt, le vendredi 27 juin à 18 h.


Christian Lescureux

 

 

 

LE SOUVENIR OBSÉDANT DE MARC LANVIN

Marc était un jeune salarié d’une entreprise textile dénommée « La Maille » à Arras. Il était membre du cercle local des Jeunesses communistes dont j’étais un des animateurs. Dans les mois qui ont précédé Mai 68, nous avions développé une grande activité tous azimuts. Sur les questions de l’école, de l’emploi, de l’avenir du bassin minier, bradé par la droite et les socialistes sur l’autel de l’Europe (déjà !). Pour la paix dans le monde, contre le colonialisme et pour l’indépendance des peuples, pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Nous disposions de plusieurs cercles dans la ville, regroupant chacun des dizaines de jeunes. Un cercle local dans lequel militait Marc. Un autre à l’École normale de garçons, un à l’École normale de filles (pas de mixité à l’époque !). Un au lycée de garçons et un au lycée de filles. Nous éditions un journal à 1.500 exemplaires, financé par la publicité recueillie auprès de commerçants de la ville d’Arras. Avec Marc et d’autres, nous allions le distribuer à la porte des entreprises où se trouvaient concentrés de nombreux jeunes. Nous diffusions l’Avant- Garde, le journal national de la J. C. Et puis il y eut ce drame, à la veille du second tour des élections législatives. Dans le droitfil de notre engagement à soutenir la candidature PS arrivée en tête au premier tour, Marc avait accepté d’accompagner les militants socialistes pour participer à la bataille destinée à barrer la route à la droite. Un commando de l’UDR, parti gaulliste de l’époque, l’a tué froidement lors d’une rencontre dans la nuit du samedi au dimanche. Marc était l’exemple même du garçon calme et enjoué, heureux de vivre et de s’engager. Nous étions très proches et la peine fut immense. Ses parents, ses frères ont été très dignes dans la douleur. Dans les quelques archives que je garde précieusement se trouvent toujours le faire-part de ses obsèques ainsi que sa photo dont le souvenir m’obsède parfois. Communiste il était, communistes nous restons, car si le projet doit être sans cesse revivifié, l’idée est toujours d’actualité.


Claude Derycke

par Liberté 62
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Lundi 23 juin 2008



Quand les chômeurs se lèvent


 

Jeudi 29 mai à 11h, 57 membres du Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP), font irruption dans les bureaux du Haut Commissaire aux Solidarités Actives. Martin Hirsch semble d'abord surpris puis affecté : « Je n'aime pas ces méthodes, vous savez que vous auriez pu avoir affaire à la police..


«A un moment donné, les sages discussions ça ne sert plus à rien. On est obligé de taper du poing sur la table, sinon on va crever en silence.» Il ne mâche pas ses mots Jean François Yon, le président du MNCP, mais aujourd'hui il y a réellement urgence, aujourd'hui dans l'indifférence de la plupart des médias, il s'agit de survivre.

Le MNCP a vu le jour en 1986, il regroupe trente-sept associations, compte sept-cent bénévoles et une centaine de salariés. Pour la soixantaine de membres représentant l'ensemble du territoire national présents dans les locaux de Martin Hirsch, jeudi 29 mai dernier, c'est une question de temps. Sans le renouvellement de leur convention auprès du ministère de l'Economie et des Finances et sans les 300.000 euros de de dotation, leurs associations n'ont aucune chance de survivre. Déjà quatre d'entre elles ont du mettre la clé sous la porte et cinq sont en grandes difficultés. L'une de ces associations, Droit au Travail à Lens, est menacée dès l'année prochaine. Joël Gréko, animateur local, membre du CA national et vice-président du MNCP dans le Nord-Pas-de-Calais a accueilli Liberté 62 dans ses locaux. Interview.

 



















Liberté 62 : «Pourquoi cette occupation, quels sont les besoins du MNCP ? »


Joël Gréko : «Nous attendons le renouvellement de notre convention auprès du ministère de l'économie et des finances et les 300 z000 euros de fonctionnement. Depuis un an, depuis l'élection de Sarkozy, nous n'avons que des promesses vagues de Martin Hirsch et aucune réponse de Christine Lagarde (ministre de l'économie et des finances n.d.l.r.).»


Liberté 62 : « A quoi vous servent ces 300 000 euros ?»


Joël Gréko : «Ce sont des frais de fonctionnement de base, nous ne pouvons pas descendre en dessous. Nous avons des permanents salariés, des formations. Il y a l'accompagnement, l'information et la défense des droits des chômeurs. Si nous disparaissons, un tas de gens seront un peu plus isolés. Ni l'ANPE, ni les assistantes sociales n'hésitent plus à nous envoyer des gens. On nous envoie des gens, mais d'un autre côté, on nous sucre nos subventions...»


Liberté 62 : « Pourquoi avoir choisi d'aller dans les locaux de Martin Hirsch ?»


Joël Gréko : «Nous avons choisi Martin Hirsch parce que nous sommes amenés à le rencontrer dans le cadre du Grenelle de l'insertion. Nous avons voulu le mettre face à ses engagements. Lors de ces réunions de travail, il a toujours l'air d'accord avec le MNCP mais dans les actes, on attend toujours. Quant à Christine Lagarde, elle ne répond même pas à nos courriers.»


Liberté 62 : « Comment s'est passée l'occupation ?»


Joël Gréko : « Martin Hirsh est d'abord arrivé à 11h30 en déclarant qu'il n'avait pas le temps. Des associations qui ont disparues faute de moyens se sont exprimées, puis il est parti déjeuné.Nous, on l'a attendu. Pas question de partir sans rien. C'était trop important. Il est réapparu vers 13h30 répétant qu'il n'avait toujours pas le temps. A ce moment là, Jean François Yon et lui ont échangé quelques mots. Martin Hirsch nous disait de monter un projet, d'aller voir l'ANPE, les syndicats... bref, il temporisait et voulait nous voir partir. Jean François Yon s'est énervé : «Tu te fiches de nous, tu sais très bien pourquoi on est là, on partira pas sans rien, un point c'est tout !»

Je vais vous dire, au début il rigolait, mais quand il a vu qu'on était sérieux, il est resté bien près de la porte... Je crois qu'il ne s'attendait pas à ça de notre part. Après, il est reparti pour ne revenir qu'à 17h 00 avec une personne du ministère des finances, et il nous a lâché 200 000 euros.»


Liberté 62 : « Pas le compte alors ?»


Joël Gréko : « Non... A ceci, il faut ajouter la suppression des mesures ASI signées avec les différentes associations locales.»


Liberté 62 : « Les mesure ASI ?»


Joël Gréko : « Chaque association peut bénéficier d'une mesure d'Appui Social Individualisé. L'ANPE nous envoie des personnes dont elle ne souhaite plus s'occuper. Ce qui est en train de se passer, c'est qu'on continue à nous envoyer les gens mais on ne nous renouvelle pas ces mesures ASI. C'est ce qui s'est passé à Boulogne-sur-Mer : trois salariés, ils sont endettés et les 3000 personnes qu'ils ont reçu l'année dernière risquent de trouver porte close cette année. Pour nous à Lens, l'année prochaine risque fort d'être dans le rouge. Il faut ajouter le fait que les médias ne nous aident pas beaucoup. En annonçant la baisse du chômage on voit nos dons privés qui baissent fortement.»


Liberté 62 : « La baisse du chômage, vous y croyez ?»


Joël Gréko : « Non, ces effets d'annonce servent les électeurs de Sarkozy : il y a les radiations, les départs en retraite, et quand il y a de l'emploi, c'est pas forcément sur place. Nous, ici, on voit bien que le chômage globalement reste un grave problème.»



Liberté 62 : « Le Grenelle de l'insertion avance ? »


 

Joël Gréko : «Je vais vous dire, c'est du pipo. Nous n'y croyons pas : un effet d'annonce de plus... Il paraît d'ailleurs que nous aurions notre mot à dire dans l'élaboration du Grenelle de l'insertion. On nous raconte qu'on a notre rôle à jouer mais, en même temps, on nous interdit toujours de siéger dans ces instances puis on nous tue financièrement...»


Propos reccueillis par Karim Ben Tayeb

 

par Liberté 62 publié dans : Social
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Lundi 23 juin 2008



APRÈS LE REJET DU TRAITÉ DE LISBONNE PAR LES IRLANDAIS RESPECTER LE NON IRLANDAIS

 

MERCREDI, les députés ont écouté François Fillon, présenter les priorités de la présidence française de l'Union européenne qui aura lieu le 1er juillet. Un peu plus d'une heure de débats pour un sujet qui engage l'avenir de l'Union européenne et celui de la France. Encore, ne faut-il pas parler de débats puisqu'on a eu droit à une série d'interventions des représentants des différents groupes parlementaires, une séance sans vote. Seul le représentant du groupe GDR (Gauche démocratique et républicaine), le communiste Jean-Paul Lecocq a rendu hommage au peuple irlandais qui avait eu le courage de rejeter le traité de Lisbonne. Les autres représentants qui avaient pourtant abandonné la morgue qu'ils affichaient au lendemain du résultat, ont été plus prudents tout en regrettant le vote irlandais.

L'attitude des députés français rejoint celle des dirigeants européens qui tous, hormis le président tchèque Vaclav Klaus, regrettent et condamnent le vote irlandais, parfois de manière brutale. Le Premier ministre irlandais Brian Cowen est sommé de venir expliquer à ses partenaires, lors du sommet européen des 19 et 20 juin, les raisons du rejet et ajoute Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois : "Il devra aussi montrer la voie pour sortir de la crise". La palme de l'arrogance envers le peuple irlandais revient à Georgio Napolitano, le président de la République italienne : "L'heure est venue d'accomplir un choix courageux pour ceux qui veulent donner un développement cohérent à la construction européenne, laissant en dehors ceux qui menacent de la bloquer". Le choix pour l'Irlande est donc de se soumettre ou se démettre.

 

Le référendum irlandais

 

Pour le processus de ratification du traité de Lisbonne dans les pays de l'Union européenne, seuls les Irlandais, de par leur constitution ont été appelés à se prononcer par référendum, le 13 juin dernier. Le non l'a emporté avec 53,4 % des voix contre 46,6 % pour le oui. Le taux de participation a été de 59,13 % (en 2001 lors du référendum sur le traité de Nice, il n'était que de 30 %).

Les médias français imputent ce "mauvais" résultat à la campagne menée par les autorités irlandaises, un dirigeant avait même annoncé qu'il ne l'avait pas lu. Or, le camp du oui (comme en France en 2005) était constitué par les partis majoritaires qu'ils soient au pouvoir (la droite) ou dans l'opposition : le Pianne Fail du Premier ministre Brian Cowen, les Verts et les démocrates progressistes pour la majorité au pouvoir, le Fine Gael, le parti travailliste pour l'opposition. En outre, les syndicats irlandais (le Congrès des syndicats), le patronat irlandais, l'Association des Fermiers irlandais, les Chambres de commerce appelaient à voter oui. L'Église catholique apportait discrètement sa caution. En revanche, hormis le Sinn Fein, parti nationaliste, républicain et de gauche radicale (membre du groupe de la Gauche unie européenne au Parlement européen), les autres partis sont peu influents (le parti communiste, le parti socialiste, le parti des travailleurs, le parti socialiste des travailleurs…). Militaient aussi pour le non des associations pacifistes, des syndicats indépendants. A droite, le mouvement patronal de l’homme d’affaires DeclanGanley, fondateur de libertas ainsi que des catholiques conservateurs appelaient aussi au non. À gauche, un collectif, le CAEUC dont faisait partie le Sinn Fein, a mené une campagne efficace d'explications. M. Barroso, le Président de la Commission européenne, B. Kouchner s'étaient déplacés à Dublin pour exhorter les Irlandais à accepter le traité. Quelques Français, partisans du non, tel J.-L. Mélenchon avaient apporter leur soutien au Collectif du non.

Les résultats connus, les commentateurs feignent de ne pas comprendre les Irlandais, des ingrats qui doivent leur prospérité à la générosité de l'Europe qui leur a fait bénéficier des fonds structurels. En 30 ans, l'Irlande, pays rural est devenu un pays industriel et de services. Le "Tigre celtique", comme le surnomment les journalistes, a un PIB supérieur à la moyenne européenne (5,7 %) et un taux de chômage inférieur à 5 % en 2006 et en 2007. Or, la réalité sociale est moins idyllique qu'on ne le dit. Ceux qui ont profité de la "prospérité" irlandaise, ce sont les investisseurs qui ont profité et des fonds structurels et d'une fiscalité basse. Ces investisseurs sont surtout étrangers, les multinationales principalement dans les services financiers et les industries à haute valeur ajoutée. Or, avec l'élargissement de l'Union européenne et l'accroissement de la concurrence, l'Irlande connaît à sont tour les délocalisations (Philips s'installe en Pologne), des usines ferment, à Dublin, Motorola, Alcatel réduisent leur effectif. Avec la crise financière, l'immobilier est touché, le chômage s'est développé en 2007 dans la construction. Du fait de l'achat de leur logement (77 % des Irlandais sont propriétaires), les ménages se sont endettés à 133 % de leurs revenus. Les coûts croissants de l'énergie ajoutés aux intérêts hypothécaires et à l'inflation (4 % en 2006) ont fait baisser le pouvoir d'achat. Pour les salariés, cette situation est le résultat des politiques menées dans l'Union européenne. Pour les agriculteurs, la politique agricole européenne et les renoncements face aux exigences de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) risquent de les ruiner. Aussi le non l'a-t-il emporté surtout dans les campagnes et dans les quartiers populaires urbains. Dublin, la capitale, a voté non. Le non a été majoritaire ches les femmes et les jeunes craignant pour leur avenir. Le traité de Lisbonne consolidait les politiques anti-sociales de l'Union européenne, de l'Europe capitaliste. Enfin, plus qu'en France en 2005, les Irlandais qui ont dû pendant des siècles lutter contre la colonisation anglaise, ont été sensibles à l'accentuation de perte de souveraineté nationale que représentait le traité. Attachés à leur neutralité, ils ont refusé l'OTAN et la militarisation de l'Union européenne.

Le traité de Lisbonne, en effet, plus encore que le traité constitutionnel européen, renforce la dépendance de l'Union européenne vis à vis de l'OTAN (article 17-4) «en tant que fondement de la défense collective, l'instance de sa mise en oeuvre» et alors que «les États membres s'engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires». À cet égard, la déclaration de José Barroso félicitant le gouvernement Irlandais pour l'envoi de soldats au Tchad, à la frontière du Darfour n'a sûrement pas été favorable au oui. Pas plus que la décision de Nicolas Sarkozy de faire de la défense une priorité de la présidence française de l'Union européenne. Dans une large mesure, le non irlandais rejoint le non français et le non néerlandais, car leurs problèmes sont ceux de tous les peuples européens.

 

La présidence française


Ratifié, le traité était applicable au 1er janvier 2009, même si les Polonais avaient obtenu que certaines dispositions ne le soient qu'en 2012. Il revenait à la France de préparer cette entrée en vigueur, notamment la recherche de candidats pour les postes créés : un président de l'union, un ministre des affaires étrangères. La tâche sera tout autre : proposer une solution pour sortir de la situation créée par le non irlandais. Nicolas Sarkozy estime que sa tâche est d'éviter que «l'incident irlandais ne devienne une crise» et maintient les quatre priorités qu'il a définies pour sa présidence : l'agriculture, le changement climatique, l'immigration et la défense. Pour JP Jouyet, le secrétaire d'état chargé des affaires européennes «le délai probable qui en découle (du non irlandais) pour l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne n'empêche pas la présidence française de travailler». Le gouvernement français estime donc, comme José Barroso que l'application du traité de Lisbonne est simplement retardée. Les quatre priorités définies peuventelles être abordées dans le cadre du traité de Nice ou dans celui du traité de Lisbonne ? - la question des changements climatiques a déjà été abordées lors d'un précédent sommet et par la Commission européenne. - L'adoption d'un pacte sur l'immigration ne serait que la continuité de la scandaleuse «directive sur le retour» présentée par la Commission et qui vient d'être adoptée par le Parlement européen ce mercredi. - L'avenir de la PAC intéresse tout autant les agriculteurs irlandais que les agriculteurs français. Pour l'heure, éleveurs français et éleveurs irlandais sont tout aussi mécontents de la baisse de leurs revenus. En revanche, on voit mal comment sans le traité de Lisbonne, la question de la défense ne peut être abordée. Or, pour Nicolas Sarkozy qui vient de révèler les orientations du Livre Blanc et ses orientations militaires, comme pour les pays européens membres de l'OTAN, il s'agissait de la question fondamentale.

Après tout, la «tournée d'adieu» de G.W. Bush en Europe n'avait-elle pas pour but de renforcer les liens EuropeÉtats- Unis dans le cadre de l'OTAN ? L'activité de la présidence française, quoi qu'en dise Jouyet (et Sarkozy) est bel et bien subordonnée au non irlandais, à l'acceptation de l'Irlande de renier son référendum.

 

Le passage en force du traité de Lisbonne


«Le traité est fini» dit Vaclav Klaus, «le traité est vivant» affirme Barroso. Si l'on s'en tient au référendum irlandais, le traité est effectivement caduc puisqu'il ne peut être adopté qu'à l'unanimité des pays membres. Or la plupart des dirigeants européens n'entendent pas abandonner le traité de Lisbonne. Ils ne veulent pas entendre parler de renégocier un autre traité et estiment que le traité de Nice n'est plus adapté à la construction européenne. Le traité de Lisbonne comme feue la constitution européenne leur permettrait de créer la sainte alliance des élites politiques européennes toutes dévouées aux marchés financiers contre les peuples dépouillés de toute initiative. Pour atteindre cet objectif de maintenir à tout prix le traité de Lisbonne, une seule solution : faire revoter les Irlandais, comme en 2001 lors de la ratification du traité de Nice, ou comme les Danois lors du traité de Maastricht.

Dès la publication des résultats du référendum, Angela Merkel, la chancelière allemande et Nicolas Sarkozy demandaient dans un communiqué commun la poursuite de ratification du traité. À l'heure actuelle, 18 pays ont déjà ratifié le traité par la voie parlementaire. Il reste donc à faire voter 8 pays (Belgique, Italie, Chypre, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, République Tchèque). Le scénario imaginé est donc une ratification de tous les pays et d'obliger l'Irlande à revoter quitte à la marginaliser en lui donnant un statut particulier, sous couvert de dérogations.

Comme le déclarait à l'Assemblée nationale, le président de la Commission des affaires étrangères A. Poniatowski : «Les Irlandais ont le droit de refuser le traité mais ils ne sauraient empêcher les 26 autres pays à l'adopter». À la fête de Marseille pour le lancement de la présidence française, le recours au référendum a été remis en cause. Pour J.P. Jouyet : «la démocratie représentative est plus adaptée lorsqu'il s'agit d'enjeux internationaux ». Car c'est bien connu, les peuples sont ignares, seules les élites peuvent juger. Mais il arrive que les peuples se révoltent.

 

Le NON du Peuple irlandais au Traité constitutionnel Sarkozy Une victoire de la démocratie contre l’Europe libérale !


«Le choix souverain que le peuple irlandais a effectué le 12 juin en rejetant le Traité de Lisbonne est une victoire pour la démocratie et pour l’Europe. LE Peuple irlandais fait payer indirectement à Sarkozy, sa trahison du choix démocratique du Peuple Français. En effet, lors de la campagne électorale des présidentielles, Nicolas Sarkozy avait déclaré prendre acte du choix majoritaire des Français de rejeter le Traité constitutionnel européen. Mais dès qu’il a été élu, Sarkozy s’est empressé de faire le contraire de ce qu’il avait promis. Il a négocié avec nos partenaires européens un nouveau traité qui en les dissimulant, reprenait sur le fond toutes les dispositions antisociales de feu la Constitution européenne. N’écoutant que leur peur du suffrage universel, les dirigeants des gouvernements européens décidèrent de faire adopter ce traité uniquement par la voie parlementaire, privant les peuples de toute expression démocratique, à l’exception de l’Irlande en raison sa constitution qui rendait obligatoire un référendum. Malheureusement ce «mauvais coup» contre les peuples s’est organisé avec la complicité active des Partis socialistes français et européens. Mais leur coup à manqué grâce au Peuple irlandais, pour paraphraser les paroles de la Carmagnole. Comme en France et en Hollande en 2005, ce sont les voix des salariés et de ceux qui souffrent le plus de l’Europe libérale, qui ont fait la différence en se portant massivement sur le NON. Ces voix sont aussi porteuses des luttes européennes pour l’augmentation des salaires, contre les privatisations, contre le démantèlement des services publics et de la protection sociale. Derrière les NON irlandais, français et hollandais, il y a aussi la colère des travailleurs des ports et de la route, des agriculteurs, des pêcheurs d’Europe. Il y a le refus de travailler 48 heures voir 65 heures hebdomadaires comme la Commission européenne voudrait l’imposer. Il est temps de tirer les leçons des NON français, hollandais et irlandais, et d’entendre enfin les voix des peuples européens : L’Union européenne ne peut plus se construire contre les salariés et au seul profit des nantis. Le Traité de Lisbonne doit être définitivement enterré. Il faut démocratiser radicalement les institutions européennes, pour que les peuples d’Europe redeviennent maître de leur destin. Pour ma part, j’ai la conviction profonde, que face aux défis sociaux, écologiques, énergétiques et démographiques de ce début de siècle, face aux enjeux de la révolution informationnelle, nous avons plus que jamais besoin d’Europe. Mais d’une Europe sociale qui s’organise autour du juste échange et de la coopération, et non pas autour du tout marché et de la concurrence entre les peuples. Les peuples d’Europe ont besoin d’un véritable projet européen fondateur qui unifie ce continent autour d’objectifs de paix, de bien être, de sécurité sociale et de libre développement de tous.»


Jacky Hénin Député au Parlement Européen

par Liberté 62
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