Liberté 62 n°767L'hebdomadaire communiste du Pas-de-Calais
Edition du 24 juillet au 2 août 2007
Liberté 62 n°767Liberté 62 n°767 - Le 27 Juillet 2007- 3 - Édito
Traité Européen... «La messe n’est pas dite» !
Par Bertrand Péricaud
Le «Traité Européen simplifié» va-t- il remplacer le «projet de constitution européenne» massivement rejeté par les peuples français et hollandais en 2005 ? A en croire les médias télévisés - qui d’ailleurs en parlent bien peu (on ne parle pas des choses qui fâchent Monsieur le Président !), la chose serait entendue. Grâce à Nicolas Sarkozy, tout ce qui posait problème dans le texte de la Constitution européenne, aurait disparu... jusqu’au terme même de Constitution. Les sectateurs de l’Europe, «ceux qui sautent comme des cabris en criant l’Europe, l’Europe, l’Europe...» comme le disait si bien le général De Gaulle, prennent vraiment les Français pour des imbéciles. Ils pensent qu’il suffit de changer l’emballage pour qu’on accepte leur produit, qu’on avait pourtant clairement refusé. Alors, finit la «constitution» et vive le «traité».
On retire la référence à la «concurrence libre et non faussée », mais on soutient l’orientation ultra libérale de la politique européenne. Et le «ministre des affaires étrangères» de l’Union européenne devient son «haut représentant». Nicolas Sarkozy, avec la complicité des grands médias, est en train de déployer un rideau de fumée. Son objectif : justifier une ratification par les seuls députés et sénateurs, de cette version, à peine modifiée, de la Constitution européenne.
Comme tous les démagogues, Sarkozy n’a peur que d’une seule chose : du peuple. Au Parlement et au Sénat, il dispose d’une large majorité UMP-UDF-PS pour faire adopter ce texte ; et d’une opportunité supplémentaire de continuer sa politique d’«ouverture» aux socialistes, si dévastatrice dans l’électorat de gauche. Alors, «la messe est-elle dite» ? Non ! Il faut se battre pour exiger l’organisation d’un référendum sur ce nouveau projet de traité européen.
Les Français avaient été consultés en 2005. Ils ont dit NON ! Il est donc tout à fait logique de présenter à leurs suffrages la nouvelle mouture de la constitution. Cette bataille, peut-on la gagner ? OUI le référendum de 2005 n’avait été organisé par Chirac, qu’à la suite d’une grande campagne organisée par le PCF. Lorsque nous l’avions lancée, bien peu croyait qu’elle aboutirait... et pourtant. Non seulement le président Chirac fût contraint de l’organiser, mais le peuple français a rejeté massivement ce texte, pourtant soutenu par toutes les forces politiques de «l’arc républicain, de l’UDF au PS en passant par l’UMP et les Verts... sans oublier le petit monde des journalistes de télévision.
Le Parti communiste français a décidé de lancer une grande campagne de pétitions à travers le pays, pour exiger le recours au référendum. Parmi les premiers signataires, on trouve les dirigeants de notre parti, comme Marie-George Buffet, Alain Bocquet ou Jacky Hénin, mais aussi des responsables syndicaux de premier plan, comme Didier Le Reste, secrétaire général du syndicat CGT des cheminots. C’est que cette question de la«Constitution Européenne» n’est pas affaire de «spécialistes». Elleconditionne l’évolution de notre vie de tous les jours, en institutionnalisant l’économie capitaliste, le libéralisme destructeurs des services publics, le dumping social à l’échelle d’un continent, la liquidation des acquis sociaux de la Libération et de 68. Une majorité existe dans ce pays pour rejeter ce nouveau projet. Battons nous pour que sa voix ne soit pas étouffée.
Liberté 62 n°767 - Le 27 Juillet 2007-3- Événement
ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES ET LÉGISLATIVES
LE VOTE DES RETRAITÉS
Par Bernard Lamirand, section de Montataire du Parti communiste français
Les résultats des élections présidentielle et législatives laissent apparaître dans les sondages, à la sortie des urnes, que les retraités auraient voté majoritairement à droite. Ces sondages révèlent une situation particulière des retraités. L’adage disant que plus on vieillit plus on se réfère au conservatisme semblerait donc se vérifier lors des échéances électorales, puisque le pourcentage de votants à droite grimpe en fonction des tranches d’âges plus élevés. On constate également que les plus âgés se sont déplacés ou ont voté par procuration massivement lors de la présidentielle.
Est-ce à dire que les retraités, majoritairement, choisissent les politiciens de droite parce qu’ils leur promettent la tranquillité et l’ordre autoritaire ? Est-ce à dire que quand on rentre dans le grand âge on ne perçoit plus le besoin de participer aux évolutions de la vie sociétale avec les autres catégories de la population ? Est-ce à dire que le retraité s’enfermerait et s’isolerait de toute perspective d’avenir et que son seul souci serait d’assurer sa fin de vie dans un détachement total des réalités.
À mon avis, ce serait caricatural et ignorant de ce que sont les retraités aujourd’hui. Certes, on peut se poser des questions, pourquoi ces retraités salariés car il s’agit d’eux, victimes de remises en cause sérieuses de leur pouvoir d’achat, de leur protection sociale amputée depuis plusieurs décennies, inquiets concernant leur devenir avec le coût des maisons de retraite ou des soins à domicile, se rangeraient aujourd’hui vers un retour à l’ordre autoritaire : celui de la droite qu’ils ont combattu durant toute leur vie professionnelle et qui leur a fait tant de mal ; rappelons les 15 000 morts de la canicule.Il est vrai que les réformes successives remettant en cause les conquêtes de 1945, les conversions de certains responsables de gauche, devenus aujourd’hui membres d’un gouvernement d’une droite ultralibérale, ont de quoi les interroger et brouiller leurs repères. Mais, puisqu’il faut essayer de voir plus clair dans ces votes, essayons de voir cette réalité retraitée. N’y a-t-il pas globalisation de cette catégorie ? Qui fait partie de cette catégorie ? Nous y retrouvons des salariés ouvriers, employés, cadres ; toutes les professions libérales, des agriculteurs, des commerçants et d’anciens industriels qui ne sont pas des salariés. Y sont entremêlées donc toutes les classes de la société, qu’elle soit d’essence de gauche comme de droite. Ce vote retraité globalisé n’est pas un vote salarié retraité, il faut le dire pour la clarté de l’analyse. Même si on peut considérer que le retraité salarié n’est pas imperméable comme les actifs au matraquage idéologique de la droite. Cela ramène à plus détailler ce vote des retraités. Il me semble important de faire la séparation entre salariés retraités et non salariés retraités. Les sondages à la sortie des urnes n’ont pas fait, à ma connaissance, ce travail. Il serait à faire. Il n’est donc pas juste de considérer que les retraités salariés ont voté majoritairement à droite, comme le laissent supposer ceux qui ont tendance à globaliser cette catégorie.
Une autre donnée doit aussi nous amener à relativiser ce vote retraité à droite : l’espérance de vie. En
effet, l’espérance de vie des ouvriers est inférieure à celles d’autres catégories, qu’ils soient salariés ou de professions libérales. Il y a donc un effet “effacement” d’une catégorie
de retraités dont il était acquis précédemment un vote à gauche en activité. Il y a donc atténuation considérable du vote ouvrier retraité dès que l’on atteint des âges élevés. En disant cela, je
ne nie pas l’importance d’un vote retraité salarié plus à droite, surtout de certaines de ces catégories qui ont une espérance de vie pluslongue, et qui modifient pour des raisons d’isolement
leur vote. Par exemple, cet isolement peut les rapprocher des idéologies autoritaires dominantes de droite déversées chaque jour dans les médias télévisuels et audiovisuels.Cette argumentation
sera à vérifier encore plus dans les années à venir, car les retraités vont devenir plus nombreux encore : plus de 30 % dans les années 2030-2040.
De même, s’il y avait une inclinaison vers un vote plus à droite des retraités salariés, faut-il en rester là ? De quelle manière nous adressons-nous à eux ? Comment ce désir de sécurité pour
leurs vieux jours nous l’avons pris en compte dans nos propositions, et avons-nous le courage d’engager le débat avec eux ? Comment aussi nous avons répondu aux attaques insidieuses du patronat
et de la droite considérant que les retraités coûtaient très chers au budget de la nation et de la Sécurité sociale. Comment avons-nous répondu à ces attaques qui cherchent à les opposer à la
jeunesse ? N’avons-nous pas manqué des rendez-vous avec eux sur ces besoins d’expliquer les solidarités entre actifs et retraités et de cette chaîne de solidarité. Ils en sont des acteurs et non
des profiteurs, reprenons ce que disait Croizat, créateur de la Sécurité sociale : “La Sécurité sociale, c’est la solidarité intergénérationnelle.” Le fait qu’on les accuse de mettre en
déficit les caisses par les coûts occasionnés en matière de retraites et de dépense de santé ne les amène-t-il pas àse culpabiliser par rapport aux enfants et petits-enfants, et en fin de compte
à considérer qu'ils sont responsables et coupables de cet état de fait et à céder ainsi aux sirènes du sacrifice de leurs droits. Ne passons-nous pas rapidementsur la responsabilité patronale et
des gouvernements successifs de droite et de gauche quiont façonné ces discours culpabilisateurs de nantis et de privilégiés. Les propositions de la droite, depuis les décrets de Balladur en
1993, opposent les catégories entre elles et les retraités privilégiés par rapport aux actifs.
Il y a vraiment besoin de refaire de la politique avec les retraités et de considérer ce champ d’action comme une des priorités,avec la jeunesse, de notre travail communiste.
Liberté 62 n°765Liberté 62 n°765 - Le 13 juillet 2007-3-Edito
Politiquement correct
Par Jean-Claude Danglot
Après la séquence électorale que nous venons de vivre et le succès de Sarkozy, il ne fallait pas s’attendre à autre chose en ce mois de juillet, à la convocation des parlements en session extraordinaire, qu’à la mise en oeuvre rapide des réformes promises. Le nouveau Président de la République qui a su surfer sur la volonté de changement des Français de tourner la page de ces 25 années d’alternances et de promesses à droite et à gauche non tenues, n’a cessé et ne cesse de parler de « rupture ». Derrière ce mot dont les Français ne mesurent pas encore toutes les conséquences pour eux et pour l’avenir de leurs enfants, se cache un remodelage en profondeur de toute notre société. Un remodelage qui a pour objectif de casser tous les acquis sociaux et démocratiques de notre pays. L’argument consiste à faire croire qu’à l’heure de la compétitivité mondiale et européenne, la France n’a plus les moyens de s’offrir ni Sécurité Sociale ni statut public d'EDF, comme au lendemain de la dernière guerre. Ni de s’offrir un code de travail, des conventions collectives issus des grands mouvements sociaux comme MAI 68 .
Cette offensive idéologique de Sarkozy et de l’UMP a marqué des points, d’autant plus qu’à gauche, la force politique dominante, le PS, se trouve à peu de chose près sur le même socle idéologique tout en cultivant un discours de gauche, ce qui ajoute de la confusion à la confusion et du discrédit, surtout quand la candidate avoue « qu’elle ne croyait pas à ses promesses ». Ainsi, cette semaine au Sénat, le projet sur l’autonomie des Universités cher à Sarkozy devrait être adopté avec l’abstention du groupe socialiste. Or, sous couvert d’autonomie, il s’agit de privatisation des Universités qui seront, avec un tri sélectif, livrées au MEDEF. C’est pourquoi le groupe communiste et républicain votera contre. Et, nous ne sommes qu’au début de la législature, l’adoption par voix parlementaire ou par référendum du mini traité européen devrait relancer au grand jour le débat à gauche ou plutôt avec ceux qui se disent de gauche et pro-libéral.
Dans ce contexte, faut-il s’étonner des ralliements de dirigeants socialistes à la politique de Sarkozy ! Certes, certains crient au PS « au scandale », « au débauchage », mais les « traitres » ne sont pas des Enfants de Coeur. L’événement ce n’est pas l’ouverture prônée par Sarkozy, mais le fait que des dirigeants socialistes acceptent de travailler à cette politique de destruction. Les plans de carrière et ambitions personnelles au niveau ralliés ne peuvent pas être la seule explication. L’arrivée de Dominique Strauss Khan à la tête du FMI, machine à appauvrir les peuples, est de loin le symbole d’un PS adepte de la mondialisation capitaliste et de l’impuissance à contrer les délocalisations. Sarkozy ouvre les bras à ceux qui, à gauche son politiquement corrects avec sa vision ultra-libérale de la société et de l’ordre américain. Le débat s’ouvre à gauche, au PCF comme au PS. Faire comme s'il s’agissait d’aventure personnelle serait suicidaire. Il faut reconstruire mais avant tout redéfinir ce que sont les valeurs de gauche.
Liberté 62 n°765 - Le 13 juillet 2007- 4 - Social
UNIVERSITÉS
DES AMBITIONS POUR L’ENSEIGNEMENT
SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE
Les indispensables mobilisations construiront la dynamique sociale de la rentrée
Par Pierre Pirierros
Des ambitions pour l’enseignement supérieur et la recherche, cela a comme
résonance le combat contre le projet de la droite sur l’autonomie des universités. Le CPE a placé, récemment, la question syndicale au centre des préoccupations des universitaires. La base
fondamentale des revendications étudiants/enseignants repose sur la victoire contre la mise en place d’un des axes de la politique libérale, le Contrat première embauche. Au-delà de l’iniquité,
il s’agit d’un problème de dignité de l’individu, du jeune, de l’étudiant en recherche d’emploi ; la soumission des salariés à l’employeur a été balayée avec force. Se défendre, les salariés et
les futurs salariés ont compris qu’il fallait à tout prix se battre collectivement contre la précarité et le chômage. Le Medef parle sans arrêt de la croissance, mais qu’est-ce que ça veut dire
lorsque le chômage gangrène toute la société ? La victoire sur le CPE, ce fut un grand coup donné à la répression sociale ; pérenniser le droit au travail, voilà une des résultantes d’une telle
lutte ! Jean Fabbri, secrétaire général du Snesup-FSU observe que le travail de réflexion et une prise de conscience de la majorité du corps enseignant sont le prolongement du refus de tout
projet libéral. La mise en commun des expériences et l’apport à la lutte des étudiants ont été déterminants dans la victoire contre le CPE. Aujourd’hui, c’est un autre combat face une droite
régie par un hyperprésident. L’abrogation du CPE marque une victoire, un tournant dans les luttes de ces dernières années. Que représente aujourd’hui un diplôme ? Il répond à d’immenses attentes
à d’immenses efforts. En posant ses revendications et propositions sur une série de sujets (garanties sociales, réformes indispensables, responsabilité, avenir de la démocratie), le Snesup
contribue à ce que de véritables alternatives soient au coeur du débat public. La nouvelle année universitaire recouvre énormément de notions revendicatives comme une réelle démocratisation, un
nouveau rayonnement de l’enseignement supérieur et de la recherche, un passage aux actes dans une programmation budgétaire ambitieuse pour la jeunesse et le pays. D’autres perspectives
économiques et sociales ? Cela fut posé aussi dans les diverses interventions alors que le maintien d’un chômage de masse touche particulièrement la jeunesse.
Plan d’urgence
Le plan d’urgence pour l’enseignement supérieur et la recherche a été également au coeur des discussions de ce congrès national. Sept propositions et quatorze mesures de transformation et de développement ont été avancées et tout au long des débats avec les syndicalistes il fut question des objectifs pour conforter l’action et l’outil syndical. Parmi ces mesures, on note, notamment : -la réponse aux besoins sociaux du pays ; -la transformation des formations supérieures ; -la transformation de la relation pédagogique ; -le renforcement de la recherche dans les universités et le renforcement du lien avec l’enseignement ;-l’intégration sans uniformisation des écoles et des cursus spécialisés (santé, paramédical, beauxarts, ingénieurs, gestion, commerce) et de la filière “classes préparatoires aux grandes écoles”/Écoles/Grandes écoles dans les universités dès le cursus licence. -la démocratisation de l’accès et à la réussite dans les formations supérieures; -le financement des universités et développement des coopérations.
Le supérieur va mal
Ce plan d’urgence pour l’enseignement supérieur concerne les financements, les recrutements et l’organisation des études. Le supérieur va mal. Le syndicat demande des recrutements – dès 2007- de plus de 3.000 enseignants chercheurs, 2.000 personnels ingénieurs, techniciens et administratifs. Le Snesup entend ouvrir des perspectives concrètes appuyées sur les mobilisations et l’expérience des universitaires. Repenser la dimension continentale de la recherche et des coopérations en matière d’enseignement supérieur, ce fut l’un des thèmes des débats. Les déclarations du commissaire européen en charge de ces questions, la semaine dernière, alimentent toutes les inquiétudes quant aux missions, aux financements du supérieur puisqu’il conviendrait selon cette Europe libérale d’augmenter la part supportée par les étudiants et leurs familles, dans un paysage d’établissements concurrentiels et autonomes.
Il est vrai qu’une véritable refonte de la Validation des acquis de l’expérience (VAE) doit entraîner un véritable effort pour aller encore plus loin dans le processus de la VAE. L’aide sociale aux étudiants doit être intégrée dans un Plan social Étudiant, en concertation avec les organisations syndicales étudiantes avec l’ensemble de la communauté universitaire. Cette aide universelle serait calculée en fonction de la situation propre de l’étudiant pour lui permettre de mener à bien un projet de formation et de qualification quelle que soit sa situation sociale ou familiale. Pour le Snesup, l’enjeu des dix années à venir est d’augmenter massivement le nombre d’étudiants en formation initiale et continue pour aller vers trois millions d’étudiants afin d’atteindre les 50% de l’ensemble une classe d’âge obtenant un diplôme de l’enseignement supérieur et accroître ainsi la qualification de l’ensemble des générations.
Liberté 62 n°764Liberté 62 n°764 - Le 6 juillet 2007 - 5 – Social
TRÉFILEUROPE : 90 EMPLOIS SACRIFIÉS SUR L’AUTEL DE LA CONCURRENCE
MITTAL STEEL LIQUIDE
L’USINE DE LOISON-SOUS-LENS
Par Pierre Pirierros
Sirènes et bannières au vent, la CGT appelait, ce 4 juillet, à la grève à Tréfileurope, à Loison- sous- lens, devant le peu d’espace laissé à une pérennité du site du Pas-de-Calais. L’horizon de la fermeture est très proche puisque la direction évoque le début de l’année 2008.
Entité de “Mittal steel company”, depuis 1999, cette entreprise fait partie du paysage industriel du département depuis le début des années 1930. Auparavant, LTCL (Laminoirs tréfileries câbleries de Lens), Fical, puis Tréfileurope, cette usine employait, il y a quarante ans, près de 700 personnes. C’est à cette époque que Gary Borelle y démarrait une activité professionnelle et ensuite une activité syndicale à la CGT ; secrétaire du comité d’entreprise, il participait, lundi dernier, à Paris, à une réunion du comité central d’entreprise où le livre IV du plan social (situation économique et financière) a été présenté aux syndicalistes. Une réunion de CE s’est déroulée, mercredi dernier, à Loison-sous-Lens, toujours sur le même thème et une autre est prévue pour le 16 juillet prochain. Mais, pour l’heure, la colère se lit sur tous les visages des 90 salariés de Tréfileurope qui débrayaient, donc, très massivement, quasiment à 100%. Il faut dire que les arguments de fermeture sont des coups demassue, assénés brutalement sur l’ensemble de l’effectif du site lensois. Les arguments, prétextes et airs connus, sont la concurrence de la production asiatique. Tréfileurope spécialisée dans la production de l’acier dur pour les câbles de pêche, les torons pour l’énergie et autres matériels pour les lignes électriques. La direction dit connaître des difficultés depuis 2003 en avançant la perte importante de marchés, l’enfouissement des lignes électriques remplaçant les lignes aériennes, une mauvaise conjoncture. Pour les syndicalistes de la CGT, c’est un tout autre discours qui est tenu, celui qui consiste pour Mittal steel, toujours en pareil cas, de faire des profits, toujours plus de profits en concentrant ses productions sur les autres unités du groupe, cinq au total en France, employant plus de 900 personnes. Commercy (Meuse), Bourg-en- Bresse (Ain), Sainte-Colombe (Aube) et Marnaval, près de Saint- Dizier, (Haute-Marne) constituent les autres unités de Tréfileurope ainsi que deux filiales à l’étranger, en Italie et en Belgique. Toutes ces unités fabriquent de l’acier doux avec un marché bénéficiaire pour son propriétaire, le groupe Mittal.
Mittal est riche
Gérard Lando, secrétaire CGT du CCE, délégué central à Commercy,était à Loison-sous-Lens, le 4 juillet et a tenu à souligner sa solidarité avec les futurs licenciés du site du Pas-de-Calais : “En 2003, quatre ans après le rachat par Mittal steel, il y eut déjà un dégraissage conséquent. Aujourd’hui, c’est la liquidation totale des 90 emplois et avec une pyramide des âges élevée (47 ans) le reclassement sera difficile voire impossible dans un secteur où l’industrie pert d’année en année des unités importantes. Au CCE, nous mettons en avant les revendications déterminantes pour l’avenir, comme les reclassements en interne, les mesures d’âge (pour les 57 ans) et une cellule de l’emploi digne de ce nom. Nous savons que notre avenir n’est pas garanti et la fin de l’unité de Lens n’est pas de bon augure. Mittal est sur le marché mondial, une unité de 90 personnes comme celle-ci est un tout petit repère. Alors ? Nous luttons et nous allons lutter pour un départ dans les meilleures conditions possibles.”
Grève suivie à 100% à Tréfileurope à Loison-sous-Lens
Il n’y a pas eu d’investissement
À ses côtés, Gary Borelle, délégué central CGT et secrétaire du CE, ne dit pas autre chose : “les investissements ont été limités au minimum, c’est-à-dire, des miettes, pour les machines. Il n’y a rien de sérieux depuis vingt ans et lorsque Mittal a repris le site en 1999 il fallait à tout prix développer les matériels pour acquérir de nouveaux marchés. Aujourd’hui, on nous dit que les commandes chutent, que les clients se font rare et que la Chine produit beaucoup moins cher. Mais cela, Mittal steel company le savait fort bien en 1999. Ce n’est pas une caractéristique nouvelle, le câble est un produit à forte valeur ajoutée, mais il faut s’y intéresser de près. Regardez nos voisins de Nexans, en changeant de nom et d’orientation ils ont eu d’autres débouchés, pourtant à l’époque Alcatel voulait faire autre chose et le cuivre est aussi en difficulté. L’acier dur sur notre site n’a plus de raison d’être mais mettre en avant les transmissions d’informations uniquement par satellites à la place des transferts terrestres est un argument de gestionnaire pour liquider une usine complète. Il fallait se diversifier mais pour cela, il fallait investir. Or, l’investissement, s’il n’est pas rentable immédiatement, il ne se fait pas. C’est notre cas. C’est pour cela que nous nous sommes mis en grève pour montrer à la direction que nous n’allons pas nous laisser gruger et nous exigeons des solutions pour les 90 salariés, toutes catégories sociales confondues.” Rassemblés autour de braseros et face à un “pendu au nom de Tréfileurope”, les salariés ont critiqué, en ce 4 juillet, les méthodes de la directon qui connaissait, pourtant,la situation économique de l’entreprise depuis longtemps et qui la ferme totalement aujourd’hui. Mittal avec les entités Arcelor Mittal est très présent dans la sidérurgie, notamment, à Dunkerque mais les séparations des branches font que les reclassements d’un secteur à un autre ne sont pas automatiques et les craintes exprimées par les salariés sont tout à fait légitimes. L’intérêt économique de Mittal ne passe pas par la case “reclassement des effectifs du site de Loisonsous- Lens.” Le 16 juillet prochain, lors d’une nouvelle réunion de CCE, les syndicalistes vont, de nouveau, demander des élements concrets sur les mesures envisagées pour le personnel concerné par cette fermeture. La direction locale, elle, dit connaître des difficultés de commandes depuis sept ans, il n’y a pour elle ni délocalisationn ni restructuration, c’est la fermeture pure et simple. Mittal steel se porte bien, pour ne pas dire très bien, sur les bourses mondiales. Ce groupe est coté à la Bourse de New York et à la Bourse de Paris .Il est présent industriellement dans 18 pays (France, Chine, Inde, Indonésie, États-Unis, Mexique, Canada, Allemagne, Pologne, Russie, Algérie). Entre 1980 et 1990, le groupe a participé directement à des acquisitons importantes dans l’acier... Mais paradoxe total, il n’a pas trouvé un centime pour investir dans l’unité Tréfileurope du Pas-de-Calais, ni pour le matériel, ni dans des embauches pour “rajeunir” l’effectif.
Pour la CGT, la liquidation se fait uniquement sur l’autel du profit, prétextant une concurrence extérieure et des commandes en baisse constante.
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