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MARCHE NATIONALE DES SANS PAPIERS
Une initiative d'intérêt général
L'action du CSP 59 et la grève des sans-papiers d'Ile de France illustrent une mobilisation inédite et exceptionnelle qui exprime le refus collectif de l'esclavage moderne.
Par Jean Michel Humez
Vendredi dernier, ils faisaient étape à Lens où après avoir été accueillis en mairie (où ils ont reçu le soutien des élus socialistes et communistes), ils ont manifesté dans les rues de la ville avec le soutien de l'Union départementale de la CGT. En mairie, plusieurs élus socialistes, dont certains sont de familles issues de l'immigration polonaise ou maghrébine, ont fustigé l'hypocrisie et l'absurdité de la politique d'immigration menée par le gouvernement actuel et dénoncé l'injustice de la non-régularisation de travailleurs socialement intégrés, et qui participent activement au bon fonctionnement de notre économie.
Pour les élus socialistes lensois, il est désormais clair que l'on a affaire au régne de l'idéologie la plus bornée, aveugle à la réalité de notre pays. Jean-Michel Humez, élu municipal communiste, a lui aussi dénoncé la politique gouvernementale en soulignant que cette marche s'inscrit dans un mouvement qui commence à faire tâche d'huile en faisant référence à la grève lancée depuis miavril au grand jour par plusieurs centaines de travailleurs sans papiers d'Ile de France.
Estimant que la grève engagée par les travailleurs sans-papiers met en pleine lumière l'indignité et l'hypocrisie du système d'exploitation, l'élu communiste a souhaité bon courage et plein succès aux marcheurs du CSP 59 confrontés à un préfet de région, proche de Nicolas Sarkozy et dont les méthodes musclées en ont indigné plus d'un (voir encadré).
Prenant à son tour la parole, le représentant lensois de la Ligue des Droits de l'Homme a rappelé que son organisation milite depuis des décennies pour l'égalité des droits, pour la citoyenneté politique et sociale, contre l'insécurité organisée. Il s'est dit solidaire des salariés sanspapiers car leurs droits sont ceux de tous les travailleurs, leurs droits et les droits des autres salariés sont indivisibles.
Un combat pour tous
A-t-on assez parlé de courage ? Il en faut pourtant, pour sortir de l'ombre et venir dire au grand jour que l'on a des droits, quand on vous les refuse tous. Les salariés sans papiers d'Ile de France comme les marcheurs du CSP 59 ont déjà remporté une première victoire. Sur la peur d'abord, de la traque, d'un simple contrôle, de l'arrestation. Déjà le gouvernement a du reculer, mais seulement d'un petit pas et seulement en région parisienne.
Il s'agirait d'engager un processus de régularisation limité. Il faut aller plus loin car cette avancée gouvernementale est aussi une victoire sur l'hypocrisie. L'immigré sans papiers au fond c'est tout bénéfice. En campagne électorale, comme on l'a vu à Toulon avec Nicolas Sarkozy dans la dernière ligne de la présidentielle, il sert à gagner des voix d'extrême droite, à dévier les débats politiques, à masquer les responsabilités de l'économie capitaliste dans la situation faite aux
hommes.
Il sert dans la pratique du pouvoir, à donner l'illusion que l'on s'attaque aux problèmes en fixant des quotas, en sommant les préfets à les respecter, en envoyant la police arrêter les enfants dans la cour des écoles. Il sert dans l'hôtellerie, la restauration, le bâtiment. C'est facile, c'est pas cher et ça rapporte gros au patronat qui gagne à tous les coups. Le gouvernement feint de lutter contre le travail clandestin. C'est pour mieux l'utiliser, pour maintenir en même temps une pression permanente sur l'ensemble des salariés de ces secteurs où sévit la surexploitation, où le travail au noir est massif, et pas seulement pour les sans-papiers mais pour des centaines de milliers de salariés, hommes et femmes, sous-payés, soumis à des horaires exténuants, peu ou pas déclarés. Pour tous ceuxlà, cette lutte est un formidable point d'appui.
À la mairie de Lens, l'un des porteparole des sans-papiers de Lille a bien résumé cette nécessité de lutter tous ensemble contre un système d'exploitation qui concerne le plus grand nombre. Avec des mots simples et émouvants, il a insisté sur le fait que leur lutte est une lutte d'intérêt général qui ne sert pas seulement à leur rendre des conditions de vie normale mais également, en faisant reculer la surexploitation, rendue possible par la vulnérabilité de travailleurs sans-papiers, elle contribue à permettre à tous les salariés de conquérir de meilleures conditions de travail et des salariés décents. En effet, la lutte des sans papiers est le symbole de toutes les politiques de division du salariat auxquelles la mondialisation capitaliste donne libre cours.
Refuser de laisser gouvernants ou patrons jouer les salariés les uns contre les autres, en tirant sans cesse leurs droits vers le bas, c'est défendre l'ensemble du salariat contre la surenchère de mises en concurrence toujours plus inhumaine et inégale. Ils sont quelques centaines à être courageusement entrés dans la lumière. On n'a pas fini de découvrir des milliers d'autres cas. Il faut maintenant obliger le gouvernement et le patronat à la vérité et exiger l'application sans faille d'un principe auquel tous les travailleurs ont droit : l'égalité. C'est un combat pour tout le salariat.
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MARCHE NATIONALE POUR LES RÉGULARISATIONS
Le Comité des sans-papiers du Nord (CSP 59) a entamé une marche de Lille à Paris
Par Jean Michel Humez
L'IDÉE des sans-papiers lillois de traverser les villes et villages de France pour sensibiliser sur leur situation n'est pas récente, elle est programmée depuis le début de l'année. Elle n'est pas, non plus, la première. On se souvient de la marche nationale de Marseille à Paris, du 23 mars au 27 avril 2002, qui a suscité à travers le pays une vague de sympathie jusqu'à présent inégalée. La quarantaine de personnes qui a pris la route pour la capitale, épaulées par une manifestation partie de la place de la République à Lille, sur le parvis des Droits de l'homme, à l'initiative du collectif des sans-papiers du Nord, seront particulièrement exposées. Pourquoi, alors se lancer dans ce pari ? Le CSP 59 a une longue histoire de luttes, d'occupations... et de négociations. Il avait réussi à obtenir un processus, lent, difficile, mais peu à peu efficace d'obtentions de régularisations. Mais le Préfet de région, Daniel Canepa, ex-bras droit de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, ne respecte pas les engagements de son prédécesseur. Récemment encore, la police a arrêté des membres du bureau qui sortaient, «dans un véritable traquenard » ont estimé les sans-papiers. Au mois de février, le porte-parole du collectif et un soutien associatif notoire ont été mis en garde à vue. Puis les locaux ont été saccagés et les «cambrioleurs» se sont contentés d'emporter les ordinateurs. La marche, qui a reçu le soutien de nombreux syndicats et partis de gauche dont le PCF, se fait en vingt deux étapes appuyés par des collectifs locaux. Pour les responsables du CSP 59, l'objectif tient en trois points : une demande d'audience au médiateur de la République, une audience avec Nicolas Sarkozy ou Brice Hortefeux et une autre à l'Assemblée nationale avec son président et ceux des groupes parlementaires. |
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