Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /2008 12:25




UNE DÉLÉGATIONDE COMMUNISTES CUBAINS A RENCONTRÉ LA FÉDÉRATIONDU PAS-DE-CALAIS DU PCF

 

RENFORCER LES LIENS D'AMITIÉ

 

La situation économique et financière internationale prouve la nécessité de lutter ensemble contre la toute puissance de l'argent.

 

Par J.M.H.

 

UNE délégation de c o m m u n i s t e s cubains en visite en France a passé quelques heures avec des représentants de la Fédération du Pas-de-Calais du PCF le 18 septembre dernier prenant ensuite la parole devant le comité fédéral pour ensuite être reçus par le comité France-Cuba à Arras. Quelques jours auparavant, nos camarades cubains étaient également à la Fête de l'Humanité.

La délégation cubaine a précisé que le prochain congrès du Parti communiste de Cuba va confirmer sa fidélité au marxisme et à la Révolution de Fidel Castro qui fêtera son cinquantième anniversaire en janvier prochain : “Ce sera l'occasion de parler de l'oeuvre du peuple cubain, de ses acquis et des difficultés qui persistent en raison du blocus des États-Unis”.

Laura Fernandez Gonzalez fit ensuite le point sur la situation des“cinq cubains” emprisonnés aux États-Unis (lire également entretien ci-contre). Son historique émouvant et combatif apporta maints éclaircissements sur cet événement qui resta longtemps ignoré des médias avant de commencer à sortir des frontières des États- Unis. De nombreux attentats furent commis contre Cuba, parmi lesquels des hôtels furent victimes d'attentats à la bombe et un avion de ligne cubain explosa en plein vol le 6 octobre 1976. Ses 73 passagers moururent. Derrière ces attentats se trouvent deux terroristes formés par la CIA : Orlando Bosch et Luis Posada Carriles. Cuba envoya cinq cubains pour infiltrer l'extrême droite cubaine à Miami. Un de ceux-ci Fernando Gonzalez, avait pour mission de surveiller Orlando Bosch. Leur mission était de réunir des informations sur de futures attaques terroristes.

Le 16 juin 1998, le gouvernement cubain a remis à une délégation du FBI qui s'était déplacée à la Havane des renseignements précis, avec des films, des enregistrements et même des preuves matérielles, des échantillons d'explosifs au sujet des activités de 40 terroristes cubano-américains notoires, présents en territoire nord-américain et impliqués dans des plans criminels dirigés contre l'île. Les 12 et 13 juillet 1998, le quotidien The New York Times publiait une interviewde LuisPosadaCarriles, interview dans laquelle celui-ci reconnaît être l'auteur des attentats de la Havane et que la Fondation nationale cubanoaméricaine (FNCA) de Miami avait décidé et financé l'opération.

Le 12 septembre 1998, le chef du FBI de Miami, Hector Pesquera, fait arrêter et enfermer les cinq cubains. Ils passèrent 17 mois en isolement dans des cellules spéciales et ils furent condamnés en décembre 2001 par un tribunal de Miami à des peines allant de 15 ans de prison à deux fois la prison à vie. Ils furent déplacés dans 5 prisons différentes. Le procès a été annulé par la Cour d'appel d'Atlanta, mais les cinq sont toujours en prison car le procureur a demandé au même tribunal une révision de son jugement. Le Vénézuéla et Cuba ont chacun demandé l'extradition d'Orlando Bosch et Luis Posada Carriles. Les USA refusent de les extrader.

 

La solidarité des communistes du Pas-de-Calais

 

Jean-Claude Danglot, secrétaire fédéral, dit ensuite la satisfaction de la Fédération du Pas-de- Calais du PCF d'accueillir des camarades cubains : “Nous avons beaucoup d'estime pour les communistes cubains et au delà pour le peuple cubain... Nous avons vu par médias interposés les conséquences catastrophiques des ouragans sur Cuba et les dégâts considérables. Nous avons eu une tornade localisée sur Hautmont et on se rend bien compte ce que cela peut représenter quand il s'agit d'un phénomène qui touche toute une île avec une force encore plus importante”.

Jean-Claude Danglot fit ensuite le point sur les dernières élections locales et nationales en France, décrivit succintement la situation écnomique et sociale dans le Pas-de-Calais. Il aborda ensuite la politique de Nicolas Sarkozy qu'il assimile à celle de Margaret Tatcher qui contribua à casser les syndicats, les services publics et les avantages acquis. Le responsable fédéral fit savoir que les communistes français préparent leur 34ème congrès en étant à la recherche de solutions, de perspectives... Concernant le cas des “cinq Cubains”, Jean-Claude Danglot affirma que la Fédération du Pas-de-Calais allait tout mettre en place en relation avec les camarades de France-Cuba pour populariser encore mieux le combat du peuple cubain pour leur libération et pour dénoncer la manipulation des États-Unis.

 

Entretien avec Laura Fernandez Gonzalez Nièce de Fernando Gouzalez-Llort

Votre oncle Fernando Gonzales est emprisonné aux USA avec quatre autres de ces camarades. Quels sont les motifs de leur emprisonnement.

Laura Fernandez Gonzalez : Le 12 septembre 1998, cinq cubains ont été arrêtés aux Etats- Unis. Il sʼagit de Ramon Labanino, René Gonzales, Gerardo Hernandez, Antonio Guerrero et mon oncle Fernando Gonzalez. Les “cinq”, comme on les appelle désormais, étaient arrivés aux Etats-Unis en provenance de La Havane, avec pourmission dʼinfiltrer les organisations armées issues de la communauté cubaine exilée, tolérées etmême protégées en Floride par les gouvernements américains successifs, et de découvrir leurs éventuelles activités terroristes contre Cuba. Lʼîle a subi des pertes humaines significatives (environ 2 000 morts) et de coûteux dommages du fait des agressions dont elle a été victime pendant des décennies. Ses protestations auprès du gouvernement des Etats-Unis et des Nations unies ont été vaines. Au début des années 1990, et alors que Cuba sʼefforçait de développer le tourisme, les anticastristes deMiami ont déclenché une violente campagne dʼattentats visant à dissuader les étrangers de se rendre dans lʼîle. En 1997, une bombe a été découverte dans lʼun des aéroports de La Havane , dʼautres ont fait explosion dans des bus et des hôtels. Des installations touristiques ont étémitraillées, depuis des embarcations venues de Miami.

Lors de leur arrestation, les “cinq” nʼont opposé aucune résistance. Ils nʼavaient pas pour mission dʼobtenir des secretsmilitaires américains, mais de surveiller des criminels et dʼinformer La Havane de leurs plans dʼagression. Ils agissaient contre le terrorisme. Ils nʼen ont pas moins été envoyés dans des cellules disciplinaires réservées au châtiment des prisonniers les plus dangereux et y ont été maintenus pendant dix-sept mois, jusquʼau début de leur procès. Lorsque celui-ci sʼest terminé, sept mois plus tard, en décembre 2001 (troismois après les odieux attentats du 11 septembre), ils ont été condamnés aux peines de prison maximales : Hernandez, à deux détentions à vie, Guerrero et Labanimo, à perpétuité. Les deux autres, Fernando et René Gonzalez, à dix-neuf et quinze ans de prison. Les “cinq” nʼont pas été jugés parce quʼils avaient violé la loi américaine, mais parce que leur travail a braqué les projecteurs sur ceux –les anticastristes- qui, justement, le faisaient. En sʼinfiltrant dans les réseaux criminels qui existent ouvertement en Floride, ils ont révélé lʼhypocrisie de la lutte contre le terrorisme dont les Etats-Unis se vantent dʼêtre le fer de lance...

La bataille juridique pour leur libération se poursuit. Quels sont les arguments mis en avant par leurs avocats ?

L. F. G. : Au terme dʼun procès arrêté dʼavance car il avait lieu à Miami, la ville contrôlée par les ultras de la contre-révolution, alors que la défense a prouvé, y compris avec des témoignages de hauts gradés étasuniens, que nos compatriotes nʼétaient en rien coupables de ce dont on les accusait, ils ont été rondement jugés et condamnés. De nombreuses lois et procédures ont été violées : ils ont été mis au secret pendant 17 mois, sans pouvoir accéder ni à leur famille ni à leurs avocats commis dʼoffice, une forte campagne a eu lieu contre eux à Miami et on leur a refusé la demande de changement de siège du procès. Des jurés se sont récusés en avouant avoir peur des ultras. Aucune preuve tangible nʼa pu être apportée contre eux. Leur faute est dʼavoir défendu Cuba et dʼavoir refusé de transiger sur la vérité.

De plus, les “cinq” ont été isolés et placés dans des prisons de Haute sécurité, à des centaines de kilomètres les uns des autres. Le droit de visite est limité à une par an aux mépris des lois américaines et des normes internationales. Les avocats qui dénoncent cette réalité sʼappuient également sur la casse du jugement en août 2005 par une commission composée de trois juges de la Cour dʼappel dʼAtlanta qui réclament la tenue dʼun nouveau procès. Cette prise de position des trois juges ont permis de fairemultiplier les appels en faveur de la libération des“cinq Cubains”. Les avocats se battent pour que le dossier arrive jusquʼà la Cour suprême des Etats-Unis mais ce nʼest pas facile car elle est la seule à décider des cas quʼelle a à étudier. Notre objectif nʼest pas de réduire la sentence des “cinq Cubains” mais de démontrer leur innocence. Les avocats peuvent aussi désormais démontrer quʼil existe une justice “deux poids, deux mesures” depuis que Posada Carriles a été libéré de sa prison aux Etats-Unis. Ce personnage a pourtant revendiqué dʼêtre lʼun des organisateurs de lʼhorrible attentat à la bombe contre un avion DCP de ligne cubaine le 6 octobre 1976, le faisant exploser en plein vol et tuant 73 civils.

Comment en France peut-on participer au combat pour la libération ?

L. F.G. : Il a fallu longtemps pour que la situation des “cinq Cubains” soit un peu connue du grand public. Le cas des cinq prisonniers politiques Cubains nʼest pas abordé dans la presse internationale car il se trouve en dehors du cadre établi. Il nʼest point possible de signaler dans la presse, supposément démocratique, des phénomènes évidents, des informations de première dimension que lʼon publierait à la première page de tous les journaux sʼil existait une quelconque propension à révéler la vérité objective. Il nʼest point possible de dire que Cuba est le pays qui a souffert de la plus longue et plus féroce campagne terroriste de lʼhistoire moderne. Il nʼest point possible non plus de signaler que cinq patriotesCubains se trouvent emprisonnés aux Etats-Unis pour avoir combattu le terrorisme.

De la même façon, il nʼest point possible de faire remarquer que le moteur principal des relations entre Cuba et les Etats-Unis a été violence terroriste de la première puissance mondiale. Traiter les questions les plus évidentes comme le droit de Cuba à se défendre aux agressions est inadmissible. Pourtant, au fil du temps lʼinformation sʼest répandue un peu partout dans le monde et a suscité de nombreuses réactions. De nombreuses personnes dumonde qui connaissent leur situation leur écrivent, leur envoient des messages dʼappui, des cartes postales et leur expliquent tout ce quʼelles sont en train de faire pour quʼils puissent rapidement revenir auprès de leur famille, à Cuba. En France, la solidarité existe mais il faut continuer à populariser lʼaction de nos cinq compatriotes dont la seule faute fut de risquer leur propre vie et leur liberté en luttant pour préserver leur peuple des actes de terrorisme.


Propos recueillis par Jean-Michel Humez

Par Liberté 62 - Publié dans : Monde
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