
GARE À LA SCHIZOPHRÉNIE
Au sortir de la seconde guerre mondiale, le programme du Conseil National de la Résistance avait jeté les bases dʼun vaste plan de nationalisations et de conquêtes sociales de civilisation, plan notamment mis en oeuvre par les ministres communistes du Général De Gaulle.
Il sʼagissait de faire en sorte que les féodalités financières et la grande bourgeoisie ne puissent p l u s j a m a i s trahir la n a t i o n française ni se rendre complices du martyre de son peuple, comme elles lʼavaient fait en se vautrant dans la collaboration avec le nazisme, ennemi mortel de lʼhumanité.
La crise de la finance mondiale nʼappelle-t-elle pas le même type de réponse ? Ne remetelle pas à lʼordre du jour la question de la propriété des moyens de production et dʼéchanges ? Pense-t-on que la “régulation” du système peut mettre en cause la voracité des possédants actionnaires, la stérilisation des richesses dans la course effrénée à la rentabilité financière, elle-même permise par “la concurrence libre et non faussée ” sur un marché planétaire - celui du fric - qui a érigé depuis longtemps lʼargent au rang de première des marchandises ? Les nationalisations de banques à la dérive, lʼintervention massive des Etats pour injecter des milliards de liquidités nʼont malheureusement rien à voir avec la révolution socialiste que, sous certains égards, le Conseil National de la Résistance avait voulu porter : il sʼagit de sauver le système capitaliste, et non pas de baser enfin lʼéconomie sur les coopérations mutuellement avantageuses et la réponse aux besoins humains.
En clair, Sarkozy nous a prévenus : cʼest encore nous qui allons payer. Pour autant, la situation que le CNR avait voulu conjurer présente des similitudes avec celle que nous vivons. Aujourdʼhui encore la guerre, économique ou (et) armée comme en Irak ou en Afghanistan, pèse sur lʼhumanité tout entière. Aujourdʼhui encore, lʼimpérialisme, cette fois-ci celui des Etats-Unis, est nourri par lʼamoralité irréductible de la classe capitaliste, sa cécité et son cynisme. Et aujourdʼhui encore, les insupportables contradictions du système pourraient bien trouver leur exutoire dans de nouvelles souffrances imposées aux peuples et dont seule une conflagration générale semble pouvoir fixer les limites.
Aux USA, les déficits budgétaires sont en dernière analyse engendrés par la course folle aux dépenses dʼarmement. La situation dʼaujourdʼhui montre que ces déficits ne peuvent être éternellement financés mais sont au contraire nourris par les cadeaux et autres paquets fiscaux, par lʼaustérité salariale et la chape de plomb mise sur les services publics et les dépenses sociales, par le “travailler plus, pour gagner plus” (de nombreux Américains ont plusieurs petits boulots), par le “endettez-vous pour consommer”, béquille permanente du capitalisme, ou par le “payez-vous votre retraite grâce aux fonds de pension”. La bulle spéculative qui en a résulté et que lʼidéologue néo-libéral Alain Minc, grand supporter de Sarkozy, qualifiait naguère de “respiration du capitalisme”, a tourné à lʼembolie pulmonaire.
Cʼest pourtant cette politiquelà, prise en modèle, que Sarkozy met en oeuvre avec son gouvernement depuis 2007, tout en se posant en chevalier blanc de la lutte contre “les excès et les erreurs” du capitalisme, mondialisé à quelques exceptions notables près comme le Venezuela, Cuba ou la Bolivie...Un dangereux schizophrène, ce Sarkozy…