Quand les chômeurs se lèvent
Jeudi 29 mai à 11h, 57 membres du Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP), font irruption dans les bureaux du Haut Commissaire aux Solidarités Actives. Martin Hirsch semble d'abord surpris puis affecté : « Je n'aime pas ces méthodes, vous savez que vous auriez pu avoir affaire à la police...»
«A un moment donné, les sages discussions ça ne sert plus à rien. On est obligé de taper du poing sur la table, sinon on va crever en silence.» Il ne mâche pas ses mots Jean François Yon, le président du MNCP, mais aujourd'hui il y a réellement urgence, aujourd'hui dans l'indifférence de la plupart des médias, il s'agit de survivre.
Le MNCP a vu le jour en 1986, il regroupe trente-sept associations, compte sept-cent bénévoles et une centaine de salariés. Pour la soixantaine de membres représentant l'ensemble du territoire national présents dans les locaux de Martin Hirsch, jeudi 29 mai dernier, c'est une question de temps. Sans le renouvellement de leur convention auprès du ministère de l'Economie et des Finances et sans les 300.000 euros de de dotation, leurs associations n'ont aucune chance de survivre. Déjà quatre d'entre elles ont du mettre la clé sous la porte et cinq sont en grandes difficultés. L'une de ces associations, Droit au Travail à Lens, est menacée dès l'année prochaine. Joël Gréko, animateur local, membre du CA national et vice-président du MNCP dans le Nord-Pas-de-Calais a accueilli Liberté 62 dans ses locaux. Interview.

Liberté 62 : «Pourquoi cette occupation, quels sont les besoins du MNCP ? »
Joël Gréko : «Nous attendons le renouvellement de notre convention auprès du ministère de l'économie et des finances et les 300 z000 euros de fonctionnement. Depuis un an, depuis l'élection de Sarkozy, nous n'avons que des promesses vagues de Martin Hirsch et aucune réponse de Christine Lagarde (ministre de l'économie et des finances n.d.l.r.).»
Liberté 62 : « A quoi vous servent ces 300 000 euros ?»
Joël Gréko : «Ce sont des frais de fonctionnement de base, nous ne pouvons pas descendre en dessous. Nous avons des permanents salariés, des formations. Il y a l'accompagnement, l'information et la défense des droits des chômeurs. Si nous disparaissons, un tas de gens seront un peu plus isolés. Ni l'ANPE, ni les assistantes sociales n'hésitent plus à nous envoyer des gens. On nous envoie des gens, mais d'un autre côté, on nous sucre nos subventions...»
Liberté 62 : « Pourquoi avoir choisi d'aller dans les locaux de Martin Hirsch ?»
Joël Gréko : «Nous avons choisi Martin Hirsch parce que nous sommes amenés à le rencontrer dans le cadre du Grenelle de l'insertion. Nous avons voulu le mettre face à ses engagements. Lors de ces réunions de travail, il a toujours l'air d'accord avec le MNCP mais dans les actes, on attend toujours. Quant à Christine Lagarde, elle ne répond même pas à nos courriers.»
Liberté 62 : « Comment s'est passée l'occupation ?»
Joël Gréko : « Martin Hirsh est d'abord arrivé à 11h30 en déclarant qu'il n'avait pas le temps. Des associations qui ont disparues faute de moyens se sont exprimées, puis il est parti déjeuné.Nous, on l'a attendu. Pas question de partir sans rien. C'était trop important. Il est réapparu vers 13h30 répétant qu'il n'avait toujours pas le temps. A ce moment là, Jean François Yon et lui ont échangé quelques mots. Martin Hirsch nous disait de monter un projet, d'aller voir l'ANPE, les syndicats... bref, il temporisait et voulait nous voir partir. Jean François Yon s'est énervé : «Tu te fiches de nous, tu sais très bien pourquoi on est là, on partira pas sans rien, un point c'est tout !»
Je vais vous dire, au début il rigolait, mais quand il a vu qu'on était sérieux, il est resté bien près de la porte... Je crois qu'il ne s'attendait pas à ça de notre part. Après, il est reparti pour ne revenir qu'à 17h 00 avec une personne du ministère des finances, et il nous a lâché 200 000 euros.»
Liberté 62 : « Pas le compte alors ?»
Joël Gréko : « Non... A ceci, il faut ajouter la suppression des mesures ASI signées avec les différentes associations locales.»
Liberté 62 : « Les mesure ASI ?»
Joël Gréko : « Chaque association peut bénéficier d'une mesure d'Appui Social Individualisé. L'ANPE nous envoie des personnes dont elle ne souhaite plus s'occuper. Ce qui est en train de se passer, c'est qu'on continue à nous envoyer les gens mais on ne nous renouvelle pas ces mesures ASI. C'est ce qui s'est passé à Boulogne-sur-Mer : trois salariés, ils sont endettés et les 3000 personnes qu'ils ont reçu l'année dernière risquent de trouver porte close cette année. Pour nous à Lens, l'année prochaine risque fort d'être dans le rouge. Il faut ajouter le fait que les médias ne nous aident pas beaucoup. En annonçant la baisse du chômage on voit nos dons privés qui baissent fortement.»
Liberté 62 : « La baisse du chômage, vous y croyez ?»
Joël Gréko : « Non, ces effets d'annonce servent les électeurs de Sarkozy : il y a les radiations, les départs en retraite, et quand il y a de l'emploi, c'est pas forcément sur place. Nous, ici, on voit bien que le chômage globalement reste un grave problème.»
Liberté 62 : « Le Grenelle de l'insertion avance ? »
Joël Gréko : «Je vais vous dire, c'est du pipo. Nous n'y croyons pas : un effet d'annonce de plus... Il paraît d'ailleurs que nous aurions notre mot à dire dans l'élaboration du Grenelle de l'insertion. On nous raconte qu'on a notre rôle à jouer mais, en même temps, on nous interdit toujours de siéger dans ces instances puis on nous tue financièrement...»
Propos reccueillis par Karim Ben Tayeb
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