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Vendredi 30 mai 2008

 

 

 

Mobilisation devant la CAF d'Arras pour la défense

des allocations familiales

 

A l'initiative des élus communistes, une soixantaine de personnes se sont rassemblées, vendredi après-midi, devant la CAF d’Arras pour dénoncer le «hold-up» de près de 140 millions d’euros sur les familles que constitue la mise en oeuvre par le gouvernement du décret de majoration unique des allocations familiales.

 

Par Jérôme Skalski

 







LES allocations familiales étaient jusqu’ici majorées de 33,51 euros à partir de l’âge de 11 ans et de 59,57 euros à partir de l'âge de 16 ans. Mise en oeuvre par décret au 1er mai de cette année, une majoration unique de 59,57 euros à partir de l’âge de 14 ans remplace le système antérieur.

En passant, selon les calculs de l’Union Nationale des Allocations Familiales (UNAF), le manque à gagner serait, en moyenne, de près de 600 euros par famille et le «pactole» récupéré par le gouvenement sur le dos des familles de près de 140 millions d'euros.

 

Un véritable «hold-up» du gouvernement sur les poches des familles

 

Pour contrecarrer ce «hold-up» du gouvernement sur les poches des familles, les élus et les militants communistes entendent mobiliser la population. Dans cette perspective, plus de 60 personnes – élus, militants communistes et mères de familles – se sont rassemblées vendredi 16 mai après-midi devant les locaux de la CAF d'Arras et ont envoyé une délégation d'une douzaine de personnes à la rencontre de son directeur.

 

 

Une perte de près de 600 euros alors que les familles subissent déjà de grosses difficultés pour gérer leur budget

 

Présentant le sens de la démarche des élus et des militants communistes ainsi que des mères de familles venus d'Arras, de Barlin, de Lens, de Divion, d'Avion, de Douai et de Rouvroy auprès de l'administration de la CAF d'Arras, Dominique Watrin, conseiller général communiste du Pas-de-Calais, a fait le point sur la situation.

«Nous sommes révoltés par ce décret, a-t-il expliqué. Le système antérieur de deux majorations, à 11 et 16 ans, correspondait à des étapes importantes de la vie des familles. La mise en place de la majoration unique, pour nous, n'est justifiée par rien. En plus, elle se ramène à une perte de près de 600 euros alors que les familles subissent déjà de grosses difficultés pour gérer leur budget.»

 

Une régression qui s'ajoute à d'autres régressions

 

«Cette régression a-t-il précisé, s'ajoute à d'autres régressions. Depuis 25 ans, la valeur des allocations familliales a diminué de 24 %. L'argumentation du gouvernement selon laquelle les économie faites sur la majoration permettra de financer l'accueil de la petite enfance nous semble dérisoire alors qu'on estime à 600 000 millions d'euros la diminution des crédits aux communes qui construisent des crêches.» Poursuivant, les élus communistes ont, en outre, abordé les questions de la départementalisation des CAF, de l'Allocation Rentrée Scolaire et de la révision du montant des APL suite à une baisse du revenu des familles.

 

«Dura lex, sed lex...»

 

Tout en confirmant les informations portées par la délégation conduite par les élus communistes sur la majoration unique, le directeur de la CAF d'Arras a expliqué, qu'il était chargé, en tant que gestionnaire, d'appliquer la réglementation mise en place par la loi et le gouvernement et qu'il n'avait pas le pouvoir ni de la changer ni de la juger. «Dura lex sed lex a-t-il déclaré. Ceux qui peuvent changer les règles et les lois que nous sommes chargés d'appliquer, ce sont les députés et les sénateurs ou bien encore le gouvernement.»

Il s'est cependant engagé à mettre à l'ordre du jour du prochain conseil d'administration de la CAF – organe politique de l'administration – les revendications portées afin d'alerter le gouvernement et de relayer le mécontententement des familles exprimé par les élus et les militants communistes.

 

 

 

par Liberté 62 publié dans : Evénement
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Mardi 13 mai 2008

 



Les “Paroles ouvrières”

de Frédéric H. Fajardie

relaient la fureur de vivre

 

Par Pierre Pirierros

 









Frédéric H. Fajardie à Calais en janvier 2004

 

METALEUROP : hiver-printemps 2003, l’usine est liquidée. Dans les semaines qui ont suivi, Frédéric H. Fajardie s'est rendu à Noyelles-Godault à la rencontre des anciens fondeurs et a noté leurs récits. Ce furent des “paroles ouvrières” relayées par la fureur de vivre élémentaire. Le contact avec le monde ouvrier fait partie de gestes innés, loin de tout aspect ouvriériste. C’est la force des témoignages. Comment peut-on aborder, par l’écriture, la fermeture d’une usine ? Le pari était difficile à tenir mais Fajardie dépasse les particularités locales pour s’adresser à un public beaucoup plus vaste tout en centrant son travail sur la présence de l’homme au coeur d’un tel conflit. On l’aura compris, il s’agit de Metaleurop. L’industrie métallurgique est sous la tutelle des marchés financiers qui imposent une pression permanente pour toujours plus de compétitivité. La fermeture de Metaleurop à Noyelles-Godault était programmée de longue date, dans le plus grand secret. La cotation, elle, se fait au grand jour. La lutte contre le pot de fer n’est pas éloignée de l’éthique sociale. Celle-ci doit l’emporter. Les indemnités exigées par les anciens fondeurs, aux Prud’hommes de Lens, se situent à hauteur de 30 000 euros, ce qui heurte, bien évidemment, la direction de Metaleurop SA. Chaque salarié, 586 au total, réclame, à juste titre, le versement d’une indemnité de 30.000 euros et d’une somme de 300 euros pour les frais... L’issue est-elle palpable ? Cela tient du feuilleton social.

Pourquoi et comment ? Ces questions fondamentales surgissent à chaque page comme un polar réécrit par quelqu’un qui lui a redonné sens et dénonciation. L’homme rebelle avait l’oreille du peuple, c’est vers lui qu’il orientait ses livres, un foisonnement de moeurs politiques, de situations interlopes, de critiques acerbes envers un capitalisme dévastateur. L’homme rebelle exprimait la volonté de la fidélité à l’idéal émancipateur qui a motivé l’engagement de générations successives. C’est le combat de tout un peuple. Derrière les résistances de plus en plus vives à une société en lambeaux, les représentations sociales et politiques de tous les participants” à l’oeuvre de Frédéric H. Fajardie sont l’avant-garde et un signe évident d’un combat décisif ! Philosophie, démocratie, vie publique, débats, le legs est immense.

Frédéric H. Fajardie est mort en ce 1er mai 2008 à l’âge de 61 ans. Sa venue au Salon du livre d’Arras avait été annoncée, Didier Andreau savait qu’il ne viendrait pas ; rongé par la maladie, il laisse orphelins tous ses lecteurs, ses amis, ses camarades. Sa révolte ne date pas d’hier, lui, qui donne des chroniques régulières dans des journaux engagés, comme l’Humanité à partir de 1996. Le Nord/Pas-de-Calais l’attirait et nombre de ses interlocuteurs lui en étaient reconnaissants, que ce soit dans les ateliers d’écriture ou les “Mardis de la colère” à Rouvroy. Ses paroles et ses écrits demeurent. Ceux de Metaleurop en gardent le plus beau des souvenirs.

Pierre Pirierros

 

 

Frédéric H. Fajardie : “Combien pour vos sanglots ?” (Table-ronde sur la santé à Rouvroy) "Je ne peux pas opérer votre enfant avant trois mois…OU alors, dans le cadre de mon activité privée, dans trois jours. Mais je suis en dépassement d’honoraires, c’est 350 Euros, maintenant.

 

VOILÀ le genre de phrase courante dans le Pas-de-Calais. Et d’imaginer tout ce qu’elle ne dit pas, derrière les mots : le cabinet austère du médecin, ses doigts impatients qui battent la mesure sur le bureau, le couple paniqué qui échange un regard déchirant pour ne pas voir leur gosse malade dont il est question ici, un gosse dont la santé, la vie peut-être, sont en jeu. Pauvre gamin ! Déjà, il n’a pas eu la bonne idée de naître chez des nantis, voilà qu’il persiste en grandissant dans une région que le capitalisme ne porte pas dans son coeur en raison de la combativité de ses travailleurs. Ceux qui en doutent n’ont qu’à calquer la carte des difficultés de santé sur celle du chômage, la superposition est parfaite.

C’est comme un barrage en rupture, l’édifice craque de partout. Ici, les AGF annoncent que pour un contrat de 12.000 euros par…an, on sera soigné par les meilleurs médecins de France, de renommée internationale. Là, on apprend que les cotisations du patronat sont en baisse, et que l’Etat, qui dérembourse les médicaments, ne reverse pas celles qu’il a perçues. Tel hebdo lie chômage et déficit de la Sécurité sociale, feignant d’ignorer que ces chômeurs, qui ne demandent pas à l’être, c’est autant de millions de cotisations en moins. Enfin, à consulter les observatoires régionaux de la Santé, dont les chiffres sont approuvés par le ministère, on remarque que la région Nord/Pas-de-Calais occupe la position la plus extrême par le nombre de cancers et la faiblesse numérique des effectifs en personnel médical. Le gouvernement, émanation de l’ultra libéralisme, nous prépare l’enfer, pour nous, et ceux que nous aimons. Il est plus que temps de nous mobiliser : associations, partis et syndicats. Ou nous n’aurons plus qu’a pleurer. " Ils " seraient capables, alors, de créer un impôt sur les larmes…”

 

 

J'ai fait ma carrière à Penarroya” (Extraits de “Metaleurop, Paroles ouvrières”, Mille et une nuits éditeurs)

 

 

 

«  ET deux de mes enfants travaillaient à Pennarroya. Il y a neuf ans, celui qui travaillait au service informatique a refusé d'être vendu comme de la viande quand ils ont vendu le service. C'est-à-dire qu'avant, on reclassait dans l'usine mais après... Il y en a un troisième qui est venu aussi à Penarroya. Ils m'ont pas prévenu qu'ils venaient travailler aussi. Moi j'ai travaillé à l'entretien, puis à la sécurité. Fallait que j'intervienne sur les coups durs à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Le pire, c'était aux acides. Un jour, j'ai été éclaboussé, le pantalon est parti en fumée, vraiment, plus rien sur moi. Et puis quand je cherchais la fuite en haut des cuves, il y avait les nuages de gaz toxique. J'ai 66% d'incapacité. C'est une maladie professionnelle, bien sûr, mais pas officiellement, hélas. J'aimais bien Penarroya, quand même. C'est curieux, mais on peut avoir du respect pour une boîte. Manu, 74 ans, marié, quatre enfants, service de sécurité. Là-bas, le siège avec en chiffres de céramique blanche sur fond bleu la date de la fondation : 1894. Quelques arbres poussés on ne sait comment, un peu ridicules entre le gigantisme des châteaux d'eau, de la tour à plomb de chasses et des cheminées des fours. La cantine, long bâtiment plat, siège des assemblées générales, des cafés à vingt centimes et des sandwichs à prix coûtant servis par des femmes toujours souriantes, quelle que soit l'issue des combats. Des femmes qui avaient accroché une banderole derrière le comptoir: "Courage, les mecs, les femmes sont avec vous !" La seule banderole du site où l'on pouvait voir, peinte en bleu, une petite fleur. L'espace est hachuré de voies ferrées qui ne mènent plus nulle part, et les wagons abandonnés comme pour une alerte aérienne semblent des proies faciles pour la rouille du temps qui passe lors de lendemains incertains. Les prédateurs, tous ces requins de la finance qui précèdent les vautours dépeçage avec la complicité des chacals des médias, ont gagné. Le capitalisme "mondialisé" triomphe, et la barbarie avec lui, tandis que nos élites, lourdement absentes, nous parlent toujours d'ailleurs, loin, très loin...

 

Se revoir...

 

Six mois que je viens ici. Mais le livre est achevé. On s'est promis des trucs, de se revoir, tout cela. Bien sûr, on le fera, on organisera une grande fête pour la sortie de ce livre, certains se moqueront de mon eau minérale, je répondrai comme d'habitude que je n'aime pas la bière. On déconnera en mangeant des frites. Mario ou un autre me redira peut-être sans malice ce truc que j'avais trouvé involontairement irrésistible de drôlerie : "Finalement, c'est plutôt humain, un écrivain." A mon avis, les gars, faut pas généraliser: rien n'est moins sûr!Il y aura des chansons, certainement, et les femmes seront belles, comme toujours. Oui, toujours plus belles puisque ce sont des lutteuses. Pourtant, déjà, ce n'est plus tout à fait comme avant. C'est très moche, de vieillir, on y croit moins. On a l'expérience des colos, des vacances en Bretagne, de la dernière année de fac avec nos licences en poche, nos sourires à la sortie du petit couscous près de l'université, les promesses de ne pas se perdre de vue. Comme à l'armée, avant de passer pour la dernière fois la porte de la sinistre caserne et ce mot du deuxième classe Benhamar imitant un sousoff, bref, "une crevure d'engagé", comme nous les appelions entre nous : "On vous a à l'oeil, soldat Fajardie !" Et puis voilà, on se fait bouffer par la vie, ou la non-vie, affaire de point de vue.

 

Des nuits très courtes

 

Je vous dis ma nostalgie avec une certaine gêne, je n'aime pas trop les épanchements. Mais je me crois obligé à la plus grande franchise, parce que ce spleen doit sans doute faire partie de tout cela et que me taire serait tricher, vous empêcher, peut-être de tout saisir, les nuances, les non-dits, la fragilité des choses humaines. Cet état d'esprit dans lequel je fus précipité par les gens et les choses, je pense indispensable de vous en livrer le plus d'éléments qu'il m'est possible. J'ai vraiment fait de mon mieux. J'ai vécu des nuits fort courtes, mais je sais qu'un autre écrivain, par ses questions, sa sensibilité, son tempérament, aurait fait un tout autre livre. Il est en effet probable que la vie va me séparer des salariés de Metaleurop. Mais si grâce à ce livre leur attitude fait école, si la dignité est restaurée sur tous les lieux de travail, si les acquis des victoires ouvrières des temps passés sont défendus, si la lutte est enfin comprise comme constitutive de tout être conscient, je crois que ceux de Metaleurop seront partout présents, comme si nous ne les avions jamais quittés.”

par Liberté 62 publié dans : Evénement
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Dimanche 4 mai 2008




FUNÉRAILLES NATIONALES POUR AIMÉ CÉSAIRE,

LE POÈTE DE LA NÉGRITUDE, L’HOMME POLITIQUE

 

«Je suis de la race de ceux qu’on opprime»

 

Rarement funérailles nationales pour un homme de lettres rythmaient musique antillaise, sobriété et poésie vibrante. Celle d’Aimé Césaire rendue palpable par la voix de puissants comédiens que concluaient des “Aimé Césaire, paroles dues”. La foule était à l’unisson, une foule enthousiaste et gaie qui n’avait de yeux que pour son "père", aujourd'hui disparu, loin d’un protocole suranné pratiqué en métropole. La volonté de faire vivre toute l’histoire d’un peuple par les textes du défunt rejaillissait sur toute la cérémonie, retransmise en direct par RFO avec des commentaires très sobres mais porteurs d’une détermination à porter très haut la mémoire du poète et homme politique Aimé Césaire.

L’énergie est dans la concentration. L’organisation, la construction d’un travail et, notamment, dans la poésie, sont des choix appréciés. La synergie entre vie/action politiques et littérature est réelle. Elle répond à une constante dans le temps et l’espace. Comment conçoit-on cette nécessité ? On ne peut créer sans une certaine complicité entre le peuple et ses pratiques. Le poète est un artiste qui fait son métier. Aimé Césaire est de cette trempe. Pierre Aliker, son compagnon de route, a 101 ans, c’est lui qui fit le seul discours politique, un discours puissant, humain, politique, progressiste, anticapitaliste et de citer Karl Marx, sous les applaudissements, “N’oublions jamais que l’intérêt général prime, il ne doit pas être noyé dans les eaux glacées de l’intérêt privé”. Tout cela traduit la personnalité du disparu. Cela se réalise incontestablement à partir de la justesse de ses textes. Le poète est mort mais sa pensée vivra toujours, c'est l serment de tout le peuple martiniquais, de tout un peuple. Là bas et ici. La nécessité de l’écriture vient de l’écriture elle-même. L’oeuvre d’Aimé Césaire nous incite à penser qu’il n’y a pas d’opposition entre culture écrite et culture orale, même si cette dernière reste le singulier moyen de la transmission.

 

Par Pierre Pirierros

 


AIMÉ Césaire est né le 26 juin 1913 au sein d’une famille nombreuse de Basse-Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l’océan Atlantique dont la «lèche hystérique» viendra plus tard rythmer ses poèmes. Aimé Césaire, élève brillant du Lycée Schoelcher de Fort-de- France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est là qu’il rencontre Léopold Sédar SENGHOR, son aîné de quelques années qui le prend sous son aile protectrice.

En septembre 1934, Césaire fonde avec d’autres étudiants Antillo-Guyanais et Africains (Léon Gontran Damas, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal “l’Etudiant noir”. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de Négritude. Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter le projet français d’assimilation culturelle et la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l’honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, audelà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète.

Aimé Césaire déclare en effet : «Je suis de la race de ceux qu’on opprime». En réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple Césaire épaulé par René MENIL et Aristide MAUGEE, fonde en 1941 la revue “Tropiques”, dont le projet est la ré-appropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. La seconde guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l’approvisionnement de l’île par la France. En plus d’une situation économique très difficile, l’envoyé du gouvernement de Vichy, l’amiral Robert, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue Tropiques. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943. La guerre marque aussi le passage en Martinique d’André Breton. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de Césaire et le rencontre en 1941. En 1944, Breton rédigera la préface du recueil “Les Armes Miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme. Invité à Port-au-Prince, Aimé Césaire passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est formidable.


Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur son oeuvre qui écrira un essai historique sur Toussaint Louverture et consacrera une pièce de théâtre au roi Henri Christophe héros de l’indépendance. Alors que son engagement littéraire et culturel constituent le centre de sa vie, Aimé Césaire est “happé” par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l’occupation, Césaire est élu maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans. L’année suivante, il est élu député de la Martinique à l’Assemblée Nationale. Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris, Aimé Césaire fonde, à Paris, la revue “Présence Africaine”.

En 1950, c’est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la première fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l’idéologie colonialiste européenne,

que Césaire compare avec audace au nazisme. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nu les origines du racisme et du colonialisme européen. Peu enclin au compromis, Aimé Césaire révolté par la position du Parti Communiste Français face aux événements de Hongrie, en 1956, publie une «Lettre à Maurice Thorez» pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer un «type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l’action».

 

Surréaliste

 

Parallèlement à une activité politique continue (il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Aimé Césaire continue son oeuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Coupé en 1948, Corps

perdu en 1950, Ferrements en 1960). A partir de 1956, il s’oriente vers le théâtre. Avec “Et les chiens se taisaient”, texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du programme du Rebelle, esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison.

La “tragédie du Roi Christophe” (1963), qui connaît un grand succès est l’occasion pour lui de revenir à l’expérience haïtienne, en mettant en scène les contradictions et les impasses auxquelles

sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. Une saison au Congo (1966) met en scène la tragédie de Patrice Lumumba, père de l’indépendance du Congo Belge. Une tempête (1969), inspirée de Shakespeare, explose les catégories de l’identité raciale et les schémas de l’aliénation coloniale. Pensant à l’origine situer l’action de cette adaptation de Shakespeare aux Etats-Unis, il choisit finalement les Antilles, gardant tout de même le projet de refléter l’expérience noire aux Amériques. Aimé Césaire a publié plus de quatorze livres, recueils de poésie, pièces de théâtre et essais. La Négritude pour Aimé Césaire désigne “en premier lieu le rejet. Le rejet de l’assimilation culturelle, le rejet d’une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation”.

 

 

par Liberté 62 publié dans : Evénement
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Dimanche 4 mai 2008

 


 


Hiroshima...albanais

 

 

A la suite à d' une explosion, le samedi 15 mars 2008, d'un dépôt de munitions militaire à Gërdec, un village albanais situé près de Tirana, le Secours Populaire Français engage une action d'urgence pour venir en aide aux victimes.

Par Jérôme Skalski

 

 

En lien étroit avec le Secours Populaire de Fushë-Krujë dont le local est situé non loin du site de l'explosion, s'appuyant sur son expérience solidaire en Albanie, la Fédération du Secours Populaire Français du Pas-de-Calais s'est mise en première ligne. Après examen de la situation locale, en collaboration avec l'Association Nationale du Secours Populaire Français, une équipe de quatre personnes a été envoyé sur les lieux , du 3 au 6 avril, pour former la mission «Solidarité pour les victimes d'une explosion en Albanie».

 



Assurer, sur le long terme, un suivi et un soutien durable aux victimes de l'explosion de Gërdec

 

Dans l'urgence, le Secours Populaire Français s'engage à assurer, sur le long terme, un suivi et un soutien durable aux victimes. Pour celles de l'explosion de Gërdec , le sens et le but de son intervention demeure la même. Vingt jour après l'événement, la toute première urgence est passée. Il reste à assurer l'aide aux victimes sur le long terme. Au cours de sa mission, l'équipe du Secours Populaire aura pu constater, en rencontrant les témoins, en discutant avec ses partenaires locaux et en prenant contact avec les autorités albanaises, combien sa mission était pertinente. Au-delà de l'aide immédiatement apportée - 2 500 euros versés par la Fédération du Pas-de-Calais sur un fonds dédié aux victimes et deux valises de médicaments collectées auprès du Centre Hospitalier d'Arras remises à un hôptital albanais - , le Secours Populaire Français a pu répertorier de nombreux besoins parmi ceux réclamés par la situation. Elle a pu aussi se rendre compte du décalage existant entre sa description officielle et la réalité appréhendée sur le terrain.

 

Rencontre des habitants restés sur le site

 

Après avoir été reçue, à Tirana, par les représentants de l'Ambassade France en Albanie et par le directeur de la cellule chargée de l'urgence du Ministère de l'Intérieur albanais, partie à la rencontre des habitants restés sur le site de l'explosion, l'équipe de la mission du Secours Populaire a recueillie différents témoignages. Parmi les 4 000 civils habitant à proximité de la zone sinistrée – l'explosion a impacté directement un espace de plus de 5 kilomètres ; les médias nationaux ont évoqué un «Hiroshima albanais» - et évacués à partir du premier jour de l'explosion, 700 personnes restent à cette date réfugiés dans des bâtiments de l'armée et de l'Etat albanais à Durrës - sur la côte, à 30 kilometres de la capitale, la deuxième ville d'Albanie. Le bilan des victimes s'élève officiellement à 25 mort et 300 blessés et brûlés, beaucoup dans un état grave. Près de 2 500 maisons et bâtiments ont été détruits ou endommagés.

 

Au centre du village

 

Arrivée au centre du village après avoir parcouru la vallée de Gërdec , un berger conduit l'équipe du Secours Populaires vers ce qui reste de l’école. Une conversation s’engage. Dans cette partie du village où l’on compte près de 90 maisons, beaucoup de gens sont partis se réfugier à Durrës. D’autres sont logés par leurs familles aux alentours. Ceux qui sont encore sur place vivent sous des tentes apportées par les secours. D’autres déplacent leurs matelas vers ce qui reste de leur maison. Si quelques personnes sont revenues chez elles après avoir fuit l’explosion, c’est, pour la plupart, explique l’interlocuteur de l’équipe du Secours Populaire, pour s’occuper de leur bétail.

Dans cette partie de la vallée protégée par des collines, l’explosion a fait moins de dégâts qu’en aval - plus de 300 maisons complètement détruites. Si la plupart des murs sont debout, l’intérieur des maisons est ravagé. C’est aussi le cas de l’école de Gërdec. Les vitres brisées ne laissent apercevoir qu’un chaos de meubles brisés soufflés par l’explosion. Dans la remise de l’école comme dans certaines maisons, des obus dorment encore.

 

Dans la remise de l’école comme dans certaines maisons, des obus dorment encore

 


Dans la voix du berger, l’amertume. Les gens d’ici se sentent abandonnés. L’eau n’est pas potable. Les citernes sont endommagées. Les chemins sont détrempés et impraticables. L’aide distribuée par le gouvernement arrive à la mairie de la ville de Vöre, au-delà de la crête, trop loin. L’homme évoque l’événement. Une première explosion. La fuite des villageois. Un voisin mort après avoir reçu un éclat d’obus. Les autres explosions. En tout, quatre, dont la dernière fut la plus importante. Les hélicoptères emportant enfants et vieillards.

Au départ, l’usine de désarmement de munitions a fait travailler des gens du centre du village. Ils ont pris peur. Le travail était trop dangereux. Ils n’y sont pas retournés. Tout le monde savait qu’un accident pouvait se produire. L’usine, alors, est allé recruter son personnel ailleurs. Plus bas, plus près. Ils étaient près de 300 personnes des environs à y travailler.

Une «chance» que l’explosion se soit passée un samedi à l’heure du déjeuner. Les gens étaient chez eux. La mitraille des éclats d'obus projetée aurait fait bien plus de morts. En Albanie, il n’y a pas de classe le samedi. Une «chance» que la première explosion ait été la moins importante et que les gens aient pu se sauver et se protéger. Une «chance». Pour ce berger de Gërdec, la chose reste à voir. Une enquête officielle a été diligentée par la justice albanaise pour tirer au clair l'origine de l'explosion. Dans l’école de Gërdec dont le souffle a brisé l’ensemble des vitres, des tables, des chaises et dont les murs sont criblés d’impacts, au moment de l’explosion, il y aurait eu près de 200 enfants.

 

Vivre et reconstruire


Retournant vers l'entreé de la vallée de Gërdec, l’équipe du Secours Populaire Français rencontre les membres de plusieurs familles devant leurs maisons complètement détruites. A cet endroit, sur le versant de la vallée en face de l’usine de désarmement , le souffle de l’explosion n’a pas été atténué par la présence d’une colline. Une femme évoque l’événement. La première explosion, la stupeur, la fuite… Plusieurs membres de sa famille ont été touchés. Sa belle soeur travaillait dans l’usine. Son cousin, un enfant de six ans qui passait en vélo sur la route est mort suite à ses brûlures. Son témoignage est bouleversant.

Les personnes rencontrées confirment le témoignage recueilli au centre du village. Elles le précisent. Loin d’être des «experts» - officiellement le travail dans le dépôt de munition était effectué par des «spécialistes» - ceux qui travaillaient à l’usine étaient des habitants de la vallée ou des alentours - près de 300 personnes -, pour la plupart des paysans, lancés sur les chaînes de désamorçage de munitions sans précaution, sans protection et sans formation, à partir de 14 ans et pour l’équivalent de 8 à 10 euros par jours…

 

Après avoir travaillé pendant des années

 

Un homme, travailleur émigré en Grèce revenu sur les lieux après l'explosion, fait part à l'équipe du Secours Populaire Français de sa situation et de celles des autres familles de la vallée de Gërdec. Il a tout perdu. Après avoir travaillé pendant des années à l'étranger pour construire sa maison et nourrir sa famille, il ne lui reste rien : plus de toit,