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Dimanche 4 mai 2008

 

 




ÉLECTIONS AU PARAGUAY

 

Victoire de la gauche

Le Paraguay choisit le changement

 

À son tour, le Paraguay rejoint le camp des pays d’Amérique latine qui ont choisi l’orientation à gauche.

 

DIMANCHE 20 AVRIL, Fernando Lugo, «l’évêque des pauvres», candidat de l’ACP (Alliance patriotique pour le changement) a été élu président de la République du Paraguay avec 40,8 % des voix. Il met fin à la domination du parti de droite, le parti Colorado, au pouvoir depuis 61 ans. Pour F. Lugo, ce 20 avril «marque une date historique». Il a déclaré à la foule de ses partisans en liesse dans le centre d’Asuncion : «Nous vous demandons de ne pas nous laisser seuls, la démocratie nous la ferons ensemble».

La tâche est, en effet, immense, pour la nouvelle coalition au pouvoir. Le parti Colorado aux commandes du pays depuis 1947 et qui a soutenu la dictature sanglante d’Alfredo Stroessner durant 35 ans jusqu’à sa chute en 1989, est puissant, gardant des pouvoirs acquis par une politique de prébandes et de corruption, au service de l’oligarchie. Il s’agit pour le nouveau pouvoir, non seulement de construire la démocratie, mais aussi de sortir le pays de la pauvreté, le Paraguay étant, en effet, le pas le plus pauvre d’Amérique du Sud avec la Bolivie.

 

Une victoire éclatante mais difficile

 

Le 20 avril avaient donc lieu à la fois l’élection présidentielle, mais aussi les élections au Congrès (80 députés et 45 sénateurs) des 12 gouverneurs et des élections provinciales. Sept candidats se présentaient au suffrage des électeurs, la candidate du parti Colorado, Blanca Ovelar, ancienne ministre, Fernando Lugo au nom de l’ACP et Lino Oviedo de l’UNACE (Union nationale des citoyens éthiques) une formation d’extrême droite.

F. Lugo obtient 40,8 % des voix, B. Ovelar 30,8 % et Lino Oviedo dépasse à peine les 4 % alors que le taux de participation a été de 65 %. Le scrutin présidentiel, n’étant qu’à un seul tour, F. Lugo est élu. Il prendra ses fonctions le 15 août prochain. Des obstacles avaient dû être surmontés pour obtenir cette victoire. Nicanor Duarte Frutos, l’ex-président, avait tenté de modifier la constitution (adoptée en 1992) pour obtenir un nouveau mandat. Le 29 mars 2006, une énorme manifestation à Asuncion le fait renoncer à son projet.

Quelques mois avant le scrutin, Duarte fait sortir de prison l’ancien général putschiste Lino Oviedo, condamné en 1999 à 10 ans de prison pour son implication dans le meurtre du vice-président. Il espérait ainsi détourner une partie de l’électoral du vote en faveur de Lugo. F. Lugo n’était pas sûr lui-même de l’acceptation de sa candidature par le tribunal électoral. La constitution interdit en effet de confier la présidence de la République à un religieux. Pour prendre la tête de la coalition, F. Lugo avait renoncé à son sacerdoce d’évêque de San Pedro (charge qu’il détenait depuis 1994) en décembre 2006, mais le Vatican avait refusé sa démission et il l’avait été simplement suspendu. En 2004 Jean Paul II l’avait déjà sanctionné.

Théoriquement, il pourrait donc être destitué, sans le puissant mouvement populaire qui l’a porté au pouvoir. Durant la campagne électorale, l’ACP a dû faire face à toute une série d’attaques et de provocations. F. Lugo a été traité de «communiste» et de vouloir instaurer un régime de type claniste. Le gouvernement a affirmé que des meneurs étaient venus du Vénézuela, de Bolivie et d’Équateur. La hiérarchie catholique a mené campagne contre lui. Mais F. Lugo a su résister et son alliance est restée solide.

Cette alliance, l’ACP, est très diversifiée. Elle comprend 10 partis et 20 associations. Parmi ces associations, on compte des syndicats, des associations indiennes, des associations de paysans. Parmi les partis politiques, outre le Tekojoja («société égalitaire»), mouvement créé en 2006 pour soutenir la candidature de F. Lugo, on trouve le Parti communiste du Paraguay et le PCRA (parti libéral radical authentique), un parti centriste très ancien (il a été trois fois au pouvoir dans les années 20 et 30) en lien avec une partie de l’oligarchie. Le vice-président de F. Lugo est du PLRA. Il s’agit donc d’une alliance très large à l’exemple du Brésil, mais Lula avait son parti, le parti des travailleurs, de l’Équateur où Rafaël Correa n’avait pas son propre parti. F. Lugo adepte de la théologie de libération, ne se dit pas de gauche mais «progressiste» et par rapport aux voies choisies par le Vénézuela ou par la Bolivie, il affirme que le «Paraguay doit suivre son propre processus».

Contrairement à Hugo Chavez et à Evo Morales, voir Rafaël Corréa, qui ont d’emblée affirmé leur orientation anti-impérialiste contre les Etats- Unis, il se montre prudent déclarant : «Nous serons ouverts à rencontrer tous les représentants de la communauté internationale pour travailler à l’intégration réelle de la région et du continent». La situation du Paraguay n’est pas la même : les Etats-Unis ont obtenu l’autorisation d’installer une base militaire au Chaco par l’ancien pouvoir, base qui leur permet de surveiller le Paraguay, mais aussi la Bolivie et l’Argentine. Le programme soutenu par la coalition concerne surtout la vie économique, sociale et politique du pays : la lutte contre la corruption et pour la démocratie, la réforme agraire et la récupération du contrôle des ressources naturelles, en particulier l’hydroélectricité, qui devraient permettre de sortir du sous-développement.

 

Sortir du sous-développement et instaurer la démocratie

 

Une des premières déclarations de F. Lugo concerne la démocratie. En effet, même si les partis sont autorisés, même si la liberté d’expression existe théoriquement, la transition politique après la chute de Stroessner en 1989 n’a pas été effectuée…

Le népotisme, la prébande, la corruption demeurent au profit du parti Colorado. La fraude électorale, l’achat des électeurs sont tels qu’on craignait des conséquences sur l’élection présidentielle. Des mesures doivent donc être prises au plan judiciaire, au plan de la sécurité intérieure en particulier la dissolution des groupes paramilitairesb (ils seraient plus de 13000 paramilitaires pour 62 millions d'habitants), la lutte contre la délinquance juvénile (des milliers d'enfants livrés à eux mêmes dans les bidonvilles, voleurs et violents affrontant la répression policière).

Exploitée par l'oligarchie, les multinationales (surtout américaines) et le PMI, la population aspire au changement. Les indigènes, indiens guaranis, qui forment 40 % de la population, veulent retrouver leur dignité. Le reste de la population est essentiellement composé de métis qui parlent à la fois l'espagnol et le guarani, tous deux langues officielles. Seuls 2 % de la population ne parlent que l'espagnol.

Les Indiens et la plupart des métis vivent dans la pauvreté : selon les chiffres officiels, la pauvreté touche 48 % de la population (en fait plus de 60 %) 25 % sont des indigents, de 3 à 400.000 paysans sont sans terre et viennent grossir la population des bidonvilles. 80% des habitants n'ont pas accès aux soins de santé, 40 % n'ont pas l'eau potable. Seuls 13 % des enfants sont scolarisés. Le taux d'analphabètes est officiellement de 10 %.

Quatre groupes sociaux dominent et exploitent le reste de la population : les éleveurs dont les revenus s'élèvent à 6 milliards de dollars et qui emploient les para-militaires, les narco trafiquants qui vendent la marijuana, les multinationales qui contrôlent l'eau, les cultures (soja, canne à sucre et coton), l'électricité, les entrepreneurs. La question agraire est cruciale : 80 % des terres sont détenues par 300 familles. Les multinationales s'accaparent des terres.

Des milliers de paysans sont chassés des campagnes par la «sojatisation » : disparition des fermes familiales et des cultures ouvrières au profit de domaines en extension constante, arrosés de puissants herbicides pour protéger la culture d'un soja souvent transgénique. C'est en défendant ces paysans que F. Lugo est devenu «l'évêque des pauvres» et c'est son impuissance à résoudre la question qui l'a poussé à entrer en politique. F. Lugo fera-t-il mieux que Lula qui n'a pas su répondre aux demandes du Mouvement des paysans sans terre (MIS) ?

Autre point important du projet de F. Lugo : la souveraineté énergétique, en particulier l'hydroélectricité. Deux centrales hydroélectriques sont construites sur le Parana : l'une en collaboration avec l'Argentine, le barrage de Yacireda et l'autre avec le Brésil, le barrage d'Itaïpu. La plus importante est la centrale d'Itaïpu. En vertu des accords, 50% de la production appartient au Brésil et 50 % au Paraguay. Mais le Paraguay n'utilise que 3% de la production et vend le reste au Brésil au prix de revient. L'électricité produite à Itaïpu représente 20 % de la consommation du Brésil.

À l'instar d'Evo Morales qui vend désormais le gaz bolivien au prix du marché, F. Lugo veut vendre l'électricité au prix du marché. Les revenus produits par la vente passeraient alors de 300 millions de dollars à 2 milliards de dollars. Le Brésil, pour l'instant, n'entend pas céder objectant que le contrat n'expire qu'en 2023. Enfin, la politique de récupération des ressources naturelles heurtera aussi les multinationales soutenues par les États-Unis. Les difficultés ne manquent donc pas. Aussi l'ACP compte sur l'appui du mouvement populaire pour faire aboutir son programme.

Le Paraguay et l'Amérique du Sud

 

Le Paraguay est membre du MERCOSUR (marché commun des pays du sud d'Amérique) regroupant le Paraguay, l'Uruguay, le Brésil et l'Argentine, le Vénézuéla en voie d'intégration, avec en association le Chili, la Bolivie, la Colombie, l'Équateur, le Pérou. F. Lugo souhaite «élargir le MERCOSUR à toute l'Amérique latine, appliquant une politique d'égalité entre partenaires» selon Ricardo Cornèse, membre de la direction du Tckojoja (interview dans l'Humanité du 18 avril) ce qui suppose une réforme du MERCOSUR, réforme souhaitée aussi, par ailleurs par Hugo Chavez.

Des difficultés peuvent naître avec le Brésil à propos du problème d'Itaïpu, à propos aussi des terres cultivées par 300.000 Brésiliens au sud du Paraguay et consacrées à la culture du soja. Reste que l'élection de F. Lugo renforce le MERCOSUR face aux prétentions des États-Unis. Car l'élection de F. Lugo est à coup sûr une défaite du parti du Colorado et de l'oligarchie, elle constitue également un nouvel échec pour les États-Unis en Amérique latine.

par Liberté 62 publié dans : Monde
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Dimanche 9 mars 2008

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Liberté 62 n°798 - Le 29 Février 2008

 

Chypre, espoir de réunification

 

Le candidat communiste Dimitris Christofias remporte l’élection présidentielle

 

Par Pierre Pirierros

 

La victoire très nette du candidat communiste Dimitris Christofias à Chypre constitue un événement

capital en Europe, événement qui dépasse les limites de cette île de la Méditerranée orientale, divisée depuis 1974. L’armée turque occupe depuis cette date la partie nord de l’île ; ce coup de force, avec la bienveillance des Etats-Unis et du ministre des affaires étrangères de l’époque Henry Kissinger, fit suite à une tentative de coup d’état, fomentée par la Grèce des colonels, et donna l’occasion toute trouvée à la Turquie d’y débarquer des dizaines de milliers de soldats. 20 juillet 1974 : cette date reste à jamais dans la mémoire et l’Histoire de la république de Chypre, dont l’indépendance, arrachée à la Grande-Bretagne, en 1959, fut possible, grâce, notamment, à la lutte des communistes chypriotes de l’AKEL.

 

Élu dimanche dernier, sixième président de Chypre, Dimitris Christofias, a, toute de suite, après le verdict des urnes, annoncé la reprise des négociations avec les Chypriotes turcs. Son adversaire de droite, l'eurodéputé et ex-ministre des Affaires étrangères Ioannis Kasoulides, soutenu par la puissante Église orthodoxe, contre toute attente, a, au premier tour, devancé, le candidat du centre-droit et président sortant Tassos Papadopoulos.

Ce fut donc un duel droite/gauche avec des exacerbations inévitables à la fin d’une campagne électorale intense. Le président sortant, soutenu par les milieux d’affaires, avait une position extrême sur la reprise des négociations. Ces négociations sont restées au point mort depuis l’échec du référendum, initié par le secrétaire de l’ONU, en avril 2004 et intitulé “Plan Annan”. communistes de l’AKEL l’avaient rejeté car il ne respectait pas l’importance de la communauté du sud de l’île et faisait la part belle aux visées expansionnistes de la Turquie. “’objectif” plan Annan était de “éunifier” entités, la partie grecque de la République de Chypre et la “République Turque de Chypre du Nord” (“RTCN”), une fédération. La “République Unie de Chypre”, dotée d’une nouvelle Constitution, aurait été composée d’un «État constituant chypriote grec” d’un “État constituant chypriote turc”.

 

La main de l’amitié

 

Dès sa victoire dimanche soir, en effet, Dimitris Christofias, a tendu "la main de l'amitié" Chypriotesturcs et l'Union européenne l'a invité à reprendre des négociations sous les auspices de l'ONU. Dimitris Christofias a nettement battu son rival conservateur ; "je tends la main de l'amitié et de la coopération aux Chypriotes-turcs et à leurs dirigeants, a-t-il dit. Je les appelle à travailler avec nous pour le bien commun du peuple dans un climat de paix".

Le dirigeant de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), proclamée dans le nord occupé de l'île et seulement reconnue par Ankara, Mehmet Ali Talat, a estimé que le "but" devait être de "parvenir à un accord qui sera accepté par les deux peuples". Les deux hommes sont convenus de se rencontrer, à une date non encore déterminée.

Le Parti communiste de Chypre, AKEL, fête cette année ses 82 années d’existence et l’élection de son candidat à la tête de l’État est un aboutissement “logique” de son influence et des différentes étapes qui l’ont amené à ce brillant résultat. Voir un président élu par le suffrage universel, avec cette étiquette, n’est pas chose courante, dans les annales de l’Histoire. Au-delà d’un symbole très fort, il y a tout l’esprit et la lettre d’un incessant rassemblement du peuple chypriote autour de l’AKEL pour son autodétermination, son indépendance, et la réunification de l’île.

D’accord pour discuter sur une base de la réunification “bi-zonale” et “bicommunautaire”, le nouveau président aura fort à faire pour parvenir à un accord durable. Le contexte géopolitique est tel que toute discussion au sein de l’ONU et maintenant au sein de l’Union européenne – Chypre en est membre depuis le 1er mai 2004 - doit être adoubée par toutes les parties et surtout par la Turquie qui frappe à la porte de Bruxelles et espère une adhésion dans les prochaines années.

 

Indépendance et lutte pour la paix

 

Les capitales occidentales ont salué en la victoire de Dimitris Christofias, sa volonté de reprendre les pourparlers entre les deux communautés et de poursuivre un dialogue allant dans le sens de la paix. Après des études d’histoire à l’université de Moscou, le nouveau président chypriote, a très tôt adhéré au Parti AKEL et a mené, avec un charisme évident, une politique de rassemblement malgré une crise inhérente au mouvement communiste international et à la chute du mur de Berlin en 1989. La république de Chypre fonctionne “théoriquement” selon la Constitution de 1960 puisque cette dernière demeure légalement en vigueur. Or, les dispositions constitutionnelles en matière de langue sont nombreuses et ont pour effet de reconnaître systématiquement deux langues et un double pouvoir politique, ce qui dans les faits s’est révélé inapplicable. Soutenant la politique d’indépendance du président Makarios, élu premier président de la République de Chypre, en 1960, l’AKEL a toujours oeuvré pour la paix et la reconnaissance des droits des travailleurs. Les communistes chypriotes ont remporté dernièrement les élections législatives et Dimitris Christofias fut élu président du Parlement. Chypre a des liens étroits et serrés avec la Grèce, aussi le retentissement de l’élection du président de la République a eu de multiples répercussions dans la classe politique à Athènes et notamment chez les militants communistes du KKE.

 

Nicosie, une capitale divisée

 

Michalis Chrysostomitidis, enseignant à Nicosie, que nous avons eu, au téléphone, dimanche dernier, nous a dit combien la victoire du candidat communiste est vécue comme un “immense espoir pour toute la population de voir un progressiste à la tête du pays. La réunification est toujours le rêve de tous les Chypriotes ; l’actualité sur ce thème avance à grands pas. Mes parents ont vécu dans la

douleur la partition de l’île. Le poète Séféris, un grand ami de Chypre, ne disait-il pas “les maisons s’irritent facilement quand on les dépouille...”

N’oublions pas que Nicosie, notre capitale, est toujours divisée ; ce sont des gardes bleus de l’ONU qui patrouillent toujours dans la zone dite tampon “buffer zone”. Les réactions positives à l’élection de Dimitris Christofias entendues dans la partie turque sont un encouragement pour le proche avenir et de réelles avancées. Mais, il y a un mais, cela va être long, que vont faire les militaires turcs ? Comment vont-ils apprécier la nouvelle situation, issue de l’élection du 24 février ? Toutes ces questions s’entrechoquent...

 

 

 

par Liberté 62 publié dans : Monde
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Lundi 4 février 2008

 

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Liberté 62 n°794
- 14 - Le 1er Février 2008 Monde

 

Liverpool 2008

Déjà un rendez-vous manqué ?

Par Ulrich Savary, correspondant de Liberté 62

La population du Merseyside, la région de Liverpool, avait été conviée pour ce qui devait être le premier événement culturel majeur dans la région depuis la création des Beatles.

 

CETTE année, Liverpool est devenue officiellement capitale culturelle de l’Europe. Et le «coup d’envoi», vendredi 11 janvier, se devait d’être à la hauteur de l’événement. Pour l’occasion Ringo Starr - le batteur des Beatles - avait fait le déplacement pour un concert exceptionnel au sommet du St George Hall, l’un de plus beaux édifices du centre ville. Une rumeur folle courrait même : la ville aurait prévu un spectacle pyrotechnique digne d’une capitale. En tout cas la municipalité n’avait cessé ces derniers jours de déclarer qu’elle espérait au moins 400 000 personnes pour la cérémonie d’ouverture. Bref du jamais vu sur les bords de la Mersey.

 

En plein coeur de l’événement

Le jour J, des trains bondés venus de toute la région avaient commencé à déverser une foule impressionnante de personnes dés le début de l’après-midi. Parmi elles, quelques unes avaient même réservé leur soirée depuis plus d’un mois. C’est dire que l’attente était grande ! Vers 19h, les habitants de Liverpool commençaient à converger des «Inner city», les quartiers populaires du centre de Liverpool, vers le lieu des festivités. Des files impressionnantes de poussettes, de jeunes et de moins jeunes marchent vers St George Hall pour faire partis de «l’histoire». A 20h la tension commence à monter quand London Road, une des principales artères de la ville est pleine à craquer. Chacun essaie déjà d’apercevoir au loin les écrans géants installés pour l’occasion. Il est 20h08, tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête d’ouverture soit grandiose. La foule commence à vrombir, le show doit commencer. Les pères s’emparent de leurs enfants et les montent sur leurs épaules, les yeux des petits commencent à scintiller. Cependant un premier bémol est déjà à déplorer avant même l’ouverture. La foule est là mais moins dense que prévue. Peu importe le nombre, le «peuple du Merseyside» veut faire la fête afin de célébrer cette nouvelle ère pour la région.

Des spots illuminent les principaux bâtiments du centre et St George Hall

D’un coup des spots illuminent les principaux bâtiments du centre et St George Hall. La foule hurle. Un décompte des dernières secondes s’affichent sur tous les écrans géants en même temps. Les 5 dernières secondes sont reprises par les dizaines de milliers de personnes qui s’agglutinent devant St George Hall. Le show commence enfin ! Dix minutes plus tard, la fureur des premiers instants s’estompent déjà. Et pour cause. Le son est mauvais, les spots ne s’allument pas au bon moment et le spectacle — peut-être «trop élitiste» pour intéresser des familles —, ennuie sérieusement. En effet, comment imaginer que des cantiques soient appropriés pour un tel événement. Des danseurs sont suspendus dans le vide, portés par des grues censées évoquer le passé industriel de la ville. Ils exécutent une danse mais sont invisibles pour la plupart des spectateurs : ils sont trop loin et mal filmés. Dés lors ils passent quasiment inaperçus. La suite est du même acabit. Le spectacle pyrotechnique se limite à quelques «pétards» sans plus. Mais la foule reste en partie, malgré la déception qui se lit sur beaucoup de visage. Après tout il y a tout de même le concert gratuit de Ringo Starr. Après 45 minutes d’un spectacle sans saveur, enfin l’enfant du pays arrive.

L’enfant du pays arrive...

La foule se réveille. Même si quasiment personne n’entend rien, il reste tout de même les images et pour le coup elles sont impressionnantes. Ringo Starr est perché tout en haut du St George soit au moins à 20 mètres du sol. Et puis les clameurs des premiers rangs suffisent pour reconnaitre la chanson. Bon coeur, les «Scouses» excusent alors les 45 premières minutes et se laissent enfin aller à l’ivresse de la fête populaire. Or, dès la fin de la première chanson la star multimillionnaire quitte la scène. Les écrans s’éteignent et un speaker annonce la fin du spectacle. La foule reste alors dubitative. «C’est fini ?», «Ils se foutent de nous !» peut-on entendre ici ou là. D’autres semblent se satisfaire, après tout c’est toujours mieux que rien.

Pétard mouillé

Le jugement est beaucoup plus sévère parmi les étrangers habitant la ville. Florence, une jeune française native de Tarbes juge ainsi le spectacle : «C’est affligeant et pathétique à la fois car la municipalité de Liverpool n’a rien fait concrètement pour les habitants » et poursuit «même pas une heure d’un show nullissime pour lancer Liverpool 2008». Une autre étudiante irlandaise, Dawn poursuit «Une capitale européenne de la culture se doit d’être à la hauteur, ici on dirait que la ville n’a rien compris de ce qu’elle devait faire. L’ouverture est ce que tout le monde attend, ça doit en mettre plein les yeux, là on dirait un pétard mouillé». Un autre français natif de Lille, François parle lui en connaisseur «quand il y a eu l’ouverture de Lille 2004, la ville toute entière était en fête. C’était grandiose. Là cela ne ressemblait à rien. Je suis triste pour les Liverpuldiens». Fatalistes quant à eux, les habitants du Merseyside se précipitent vers la gare pour prendre le train et quitter au plus vite le centre. Quant aux Liverpooliens, eux se jettent dans les pubs ou les boîtes de nuit avec un goût amer dans la bouche : Liverpool 2008 n’est pas pour eux !

par Liberté 62 publié dans : Monde
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Lundi 28 janvier 2008

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Liberté 62 n°793 - Le 25 Janvier 2008 - 15 -
Monde

 

«Uribe est venu pour faire sa propagande anti-FARC en Europe»

 

Depuis dimanche dernier, le président colombien Alvaro Uribe Vélez est en Europe pour présenter un nouveau «plan humanitaire» de libération des otages des FARC. En visite d'abord en France où existe une mobilisation en faveur de la libération d'Ingrid Bétancourt, un des objectifs également affiché par Nicolas Sarkozy, Uribe s'est rendu en Espagne après avoir rencontré à Bruxelles le haut représentant de la politique extérieure commune de l'Union européenne, Javier Solana. Au terme de son voyage, Uribe se rendra en Suisse pour assister au Forum de Davos, le club de discussions capitaliste.

Rencontre de Nicolas Sarkozy avec Uribe

OFFICIELLEMENT, Uribe est venu pour obtenir le soutien de la France, de l'Espagne et de la Suisse à la médiation proposée par l'église catholique pour un échange d'otages. C'est ce nouveau plan qu'Uribe a présenté à Nicolas Sarkozy et aux parents d'Ingrid Bétancourt (son fils et son ex-mari) qu'il a accepté de rencontrer. Ces derniers ont considéré cette rencontre comme positive. Mais pour la Fédération internationale des comités Ingrid Bétancourt, «Uribe est venu faire une propagande anti-FARC en Europe».

 

Les propositions d'Uribe

 

Ayant rompu ses relations avec le président vénézuélien Hugo Chavez, après lui avoir retiré sa mission de médiation avec les FARC pour un accord humanitaire, Uribe s'est trouvé confronté à la réussite de l'intervention d'Hugo Chavez pour la libération de Clara Rojas et de Consuela Rodriguez. On se souvient qu'en dépit de péripéties difficiles pour l'application de l'accord (l'affaire d'Emmanuel, le fils de Clara Rojas, un premier échec de libération des deux femmes) le 10 janvier les FARC libéraient Clara Rojas et Consuela Rodriguez. C'était un succès diplomatique pour Hugo Chavez que tentaient de minimiser les médias occidentaux dépités.

Ne renonçant pas à son objectif d'un accord humanitaire d'échange entre les 49 otages des FARC et 500 guerilleros emprisonnés par le gouvernement Uribe, Hugo Chavez proposait de retirer les FARC-CP (forces armées révolutionnaires de Colombie - armée du peuple) et l'ELN (armée de libération nationale) les deux guerillas révolutionnaires, de la liste des organisations terroristes. Cette proposition était adressée aux pays latino américains et à l'Union européenne. Au delà d'un accord humanitaire, cette proposition, si elle avait été acceptée par Uribe, aurait permis l'engagement d'un processus de paix. Cette proposition n'était pas utopique. Un temps, l'Union européenne n'avait pas copié son attitude sur celle des États-Unis. Les FARC étaient venues en Europe et une médiation avait été engagée entre les FARC et le gouvernement colombien, médiation de la France, de l'Espagne et de la Suisse. Non seulement Hugo Chavez maintient sa proposition mais l'Assemblée nationale vénézuélienne a approuvé cette proposition. A. Uribe a accusé Chavez d'ingérence dans les affaires colombiennes et de soutenir des narcotraficants. Chavez l'a alors traité de «lâche» et l'a accusé d'être le «pion des américains».

Fort du soutien des États-Unis mais néanmoins inquiet des initiatives d'Hugo Chavez, Uribe est donc venu en Europe défendre sa politique avec deux objectifs : le soutien à son «plan humanitaire» et surtout le maintien des FARC sur la liste des organisations terroristes. Or ce «plan humanitaire» n'a aucune chance d'aboutir. Il est proposé un échange humanitaire entre les 49 otages militaires politiques des FARC et 500 guerilleros dans une zone rurale quasi-déserte de 170 km2 sous la surveillance d'émissaires religieux et d'envoyés français, espagnols et russes. Les FARC réclament une zone démilitarisée autour des communes de Prodéra et Florida (120.000 habitants). Elles craignent un piège d'Uribe. Il est avéré que lors de la libération de Clara Rojas et Consuelo Rodriguez, les combats militaires continuaient et que les hélicoptères poursuivaient la surveillance de la jungle. Par ailleurs, dans la liste des 500 guerilleros figurent Simon Trimodad et Sonia emprisonnés aux États-Unis et que Paul Reyes, un commandant des FARC, avait déjà proposé aux États-Unis d'échanger contre les trois américains faits prisonniers. Nicolas Sarkozy a accepté le plan mais avec «des garanties d'indépendance et des moyens de discussions » (il n'écarte donc pas entièrement l'hypothèse de Chavez). En revanche sur «la qualification des FARC», il se déclare «solidaire de l'Europe». Mardi, Javier Solana a confirmé à Uribe que les FARC restaient bien sur la liste des organisations terroristes. Uribe peut repartir en Colombie, satisfait, il a bien atteint son principal objectif.

 

La guerre d'Uribe contre les FARC et l'ELN

 

Lors de sa conférence de presse à Paris, lundi après-midi, Uribe a expliqué sa politique de «sécurité démocratique» c'est à dire de lutte sans merci contre les FARC et l'ELN. Pour lui, les FARC sont des bandes armées de délinquants, des narco-traficants, des criminels contre les populations civiles. Il faut donc les exterminer. Et sa lutte aurait payé puisque les FARC sont en recul, que des milliers d'entre eux auraient été tués ou emprisonnés, certains ayant renoncé ou déserté. Dans sa lutte contre les guerillas, Uribe a en effet mis des moyens considérables, c'est le plan Patriote, suivi par le plan consolidation : les effectifs de l'armée et de la police sont passés de 200.000 en 2002 à 380.000 en 2007.

L'armée dispose d'hélicoptères et d'avions spécialisés dans «la lutte anti-terroriste». À ces effectifs s'ajoutent les paramilitaires (les AUC, groupes d'auto- défense recrutés par les grands propriétaires fonciers) qui ont été grâciés et joue le rôle d'auxiliaires de la police et de l'armée. S'ajoutent aussi les «conseillers américains» et les mercenaires recrutés par les compagnies armées américaines (ces derniers protègent surtout les oléoducs colombiens). Dans ces conditions, les FARC ont été contraintes de changer leur stratégie et d'opérer de fréquents déplacements dans la jungle. Mais selon les analystes politiques si la «sécurité démocratique» a affaibli les FARC, il ne faut pas les sousestimer. Elles ont gardé leur capacité d'intervention.

Uribe accuse les FARC de criminalité et d'être responsables des enlèvements. Or dans ce pays d'extrême violence où les enlèvements contre rançon sont importants, plus de 70 % de ces enlèvements sont le fait de petits groupes de délinquants, 20 % des FARC, moins de 8 % de l'ELN. Les «49 otages» sont pour les FARC des prisonniers politiques. L'accusation de narco-trafic n'est pas plus fondée, P. Reyes l'a de nombreuses fois démentie. Si les FARC protègent et taxent les paysans producteurs de coca, la production de la cocaïne et son exportation sont le fait du crime organisé et bien des commandants paramilitaires sont des narcotrafiquants. Et la lutte anti-drogue de la Colombie est un échec : 640 tonnes de cocaïne ont été fabriqués en 2005 contre 400 en 2004 (Sources : article de Laurent Daniel sociologue spécialiste des drogues illicites). Les paramilitaires transformés par Uribe en «véritables seigneurs de la guerre maîtres absolus de nombreuses régions qu'ils ont conquises et où ils se sont anracinés.» «Dans ces fiefs, il leur est désormais loisible de développer toute une gamme d'activités illicites. La privatisation de la guerre civile a aussi intensifié la concentration foncière qui a repris en Colombie dans les années 1980 en raison des achats massifs de terre par les narcos. Ces derniers sont aujourd'hui les plus grands propriétaires du pays où ils possèdent 50 % des terres arables» (selon L. Daniel).

Des milliers de paysans sont refoulés, déplacés. Contre ces grands propriétaires terriens, les FARC sont les défenseurs des petits paysans. Héritiers des guerillas paysannes, les FARC, fondés en 1964, se réclamant du marxisme-léninisme, ont un programme économique, social et politique : la réforme agraire, la socialisation des moyens de production et d'échanges, la démocratie politique. Tout comme l'ELN qui se réclame du guevarisme, les FARC en luttant contre le gouvernement Uribe, les paramilitaires et les grands propriétaires fonciers, luttent contre l'impérialisme, l'impérialisme américain qui dirige de fait la Colombie.

 

Le rôle majeur des États-Unis : le plan Colombie

 

Dans son action de «sécurité démocratique», Uribe est soutenu, conseillé par les États-Unis. Dans la détérioration des rapports entre la Colombie et le Vénézuéla, les États-Unis jouent un rôle fondamental, dangereux pour la Colombie et pour toute la région et notamment le Vénézuéla. John Walker, le chef de l'agence anti-drogue des États-Unis (DEA) vient de déclarer : «Je crois que c'est le moment d'assumer que le président Hugo Chavez est le grand facilitateur du transport de cocaïne vers l'Europe et d'autres parties de l'hémisphère».

Hugo Chavez un narco-traficant ? Il fallait l'oser. J. Walker proposera-t-il de réserver à Hugo Chavez le sort de Noriéga au Panama? Il est vrai que Hugo Chavez comme ensuite Evo Moralès en Bolivie, et Corréa ont expulsé les agents américains anti-drogue, coupables selon eux d'espionnage. La lutte contre les guerillas révolutionnaires est l'objectif principal du plan colombien au prétexte de lutter contre le narco-trafic. En fait, c'est la possibilité pour les États- Unis de contrôler la région puisqu'ils ont demandé aux États voisins de la Colombie d'y adhérer. Le Vénézuéla et l'Équateur refusent cette «coopération». Alors que le président Pestranas avait ouvert un processus de paix avec les FARC leur octroyant une zone démilitarisée, brusquement le 21 septembre 1999, il signe avec le président américain B. Clinton un «plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l'État», connu sous le nom de planColombie, de 7,5 milliards de dollars dont 1,6 versé par les États-Unis pour trois ans, aide américaine ensuite reconduite.

Depuis 2000, les États-Unis ont versé six milliards de dollars. L'essentiel de cette aide est allée à la police colombienne, et aux compagnies américaines de mercenaires qui effectuent ensemble l'épandage d'herbicide sur les champs de coca ainsi qu'à l'armée et aux paramilitaires. Des millions de litres d'herbicide ont été déversés, un herbicide fortement concentré fourni par Monsanto, la même société qui fournissait les produits d'exfoliation au Vietnam avec l'agent orange. Cette pratique est néfaste pour l'environnement en Amazonie et pour la santé des habitants Le gouvernement colombien et les États- Unis mènent une véritable guerre chimique contre les paysans colombiens et contre les FARC. Début 2007, G.W. Bush demandait au congrès l'attribution d'une rallonge de quatre milliards d'aide à la Colombie. On comprend ainsi l'entêtement et la fermeté d'A. Uribe, le «pion américain » hostile à tout processus de paix. On est loin des discours sur l'accord humanitaire.

 

par Liberté 62 publié dans : Monde
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Lundi 14 janvier 2008


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Liberté 62 n°789 - Le 28 Décembre 2007 - 2 -
Événement

 

Rencontre avec les marxistes du Labour à Liverpool

Cette semaine, notre correspondant à Liverpool évoque pour nous sa rencontre avec des militants marxistes du New labour.

Par Ulrich Savary

LE New labour Party : en France, ce parti est synonyme de dérive droitière, de socialdémocratie. Bref de «réformisme sans réformes». Cependant, réduire ce parti historique de la classe ouvrière à un simple appareil de gouvernement serait trop simpliste. Avec plus de 400 000 adhérents - soit presque autant que le PCF et le PS réunis - le Labour est le parti du monde du travail en Angleterre : il est issu de ses rangs.

Une longue tradition de luttes et de combats

Ici, pas de référence explicite au marxisme, mais une longue tradition de luttes et de combats qui sont l’équivalent de nos «acquis sociaux» conquis à la faveur de longues batailles. Au sein du New Labour, des militants ne manquent pas de rappeler ces combats tout en préparant les prochains. Regrouper autour d’un journal «Socialist Appeal» ces derniers font vivre une véritable «voie marxiste» au sein du grand parti ouvrier anglais. Le rendez-vous a été pris la veille par téléphone avec Ray Mc Phale. Syndicaliste et militant actif du Labour à Liverpool, il est l’animateur de Socialist appeal dans la région. 19H30, dans une maison ouvrière du Wirral, de l’autre coté de la rivière, la Mersey, Ray m’accueille chaleureusement entouré d’une quinzaine de militants. Une fois les présentations faîtes, on m’offre une tasse de thé.

Sortir de la logique pro-capitaliste dans laquelle le New Labour s’est enfoncé

Le sourire au bout des lèvres et l’air enjoué, Ray explique l’ordre du jour. Mike, un jeune syndicaliste membre du PCS prend alors la parole en premier et fait un rapide topos des discussions au sein de son syndicat. Suit une discussion autour de la préparation d’un meeting du Labour Representation Movement - LRC est l’aile gauche du Labour - avec la venue d’un député du parti John McDonnell en opposition à la doctrine libérale dominante dans les rangs du parti. Les questions sont très simples : comment faire de ce meeting un rendez-vous réussi ? Comment aussi populariser un maximum le journal auprès des militants ? Comment ensuite faire vivre sur le terrain l’aile gauche du Labour dans le Merseyside ? C’est tout l’enjeu de ce meeting et des semaines qui suivront. Et les nouvelles sont plutôt bonnes. Dans les autres régions industrielles du Nord de l’Angleterre, à chaque fois plus d’une centaine de personnes se sont rendus au meeting du LRC, ce qui souligne l’envie de certains militants et de syndicaliste de sortir de la logique pro-capitaliste dans lequel le New Labour s’est enfoncé. Il est 21h, et déjà la réunion se termine. Les décisions sont prises, c’est l’essentiel. Chacun s’affaire alors. Untel prend 4 exemplaires du journal, un autre 6. Mike, pour sa part, en prend le plus, une pile à lui tout seul. «Ils seront tous vendus» m’assurent- ils «auprès de mes camarades du syndicat. Le problème avec ce journal, c’est que dès que j’ai terminé de le lire, on veut me le piquer !» Rajoute-t-il avec un brin de malice. Ray s’approche alors de moi. «Veux-tu des précisions ?»

«Nous sommes des militants soucieux des intérêts de la classe ouvrière en Angleterre»

«Pourquoi être dans le Labour et pas ailleurs ?». La réponse fut rapide : «Y-a-t-il un autre parti de gauche en Angleterre aussi vaste que le Labour ? Non. De plus y-a-til une différence explicite entre le parti travailliste et le PCF ou le PS ? Le PCF a soutenu les privatisations du dernier gouvernement socialiste en France…». La vraie question pour les militants du Socialist Appeal est de savoir comment un militant «marxiste» doit se comporter : doit-il militer à l’extérieur du grand parti ouvrier, ou avec celui-ci. Pour eux il est évident qu’il faille être à l’intérieur du parti, car c’est là que se jouent les choses. «Mais nous ne faisons pas de l’entrisme pour autant, nous sommes des militants du Labour soucieux des intérêts de la classe ouvrière en Angleterre» précise-t-il. Cependant tous les militants britanniques se réclamant du marxisme ne font pas la même analyse. Il existe une «myriade» d’organisations d’extrême gauche outre-manche qui appellent à contourner le Labour en construisant un nouveau parti ouvrier. Appel purement incantatoire quand on observe l’histoire politique récente du pays. Du sectarisme le plus outrancier en passant par l’opportunisme le plus «extrême», le spectre de «la gauche de la gauche» anglaise foisonne d’initiatives politiques plus ou moins saugrenues mais toujours vouées à l’échec. Parmi les plus récentes, citons-en deux : la première fut la «Socialist Alliance». Une sorte de conglomérat d’organisations toutes plus insignifiantes les unes que les autres s’étaient unies autour d’un programme «révolutionnaire dans les mots» mais déconnecté de la réalité. La deuxième est plus récente, c’est une nouvelle coalition de petites chapelles portant le nom de «Respect». Une sorte «d’auberge espagnole» regroupant des «écologistes», des organisations «humanistes», «tiersmondistes » et d’autres dites «trotskystes »… Ces deux tentatives furent des échecs cuisants. Enfin et pour compléter le tableau n’oublions pas les «chapelles établies » que sont le Socialist Workers Party et le Socialist Party.

Une crise idéologique grave

Mais comment concrètement peser sur la politique du New Labour ? Celui-ci est au pouvoir depuis plus de 10 ans et il est clair que la politique de Gordon Brown ne diffère pas de celle de Tony Blair. Sans pour autant oublier les quelques mesures de gauche tel que la création d’un salaire minimum, les années Blair seront pour les militants Travaillistes et son aile gauche des «années de plomb». Le parti est dans une crise idéologique grave. D’où un combat d’éducation politique à mener et de «démocratisation du Labour». Pour Ray Mc Phale, «l’ennemi au Labour n’est pas l’adhérent qui suit la direction avec plus ou moins de confiance, mais la direction ouvertement pro-capitaliste du parti qui mène le new labour à l’échec» et d’ajouter «il faut que le Labour adopte un programme clairement socialiste en proposant la nationalisation des banques et des entreprises sous le contrôle des salariés ou encore le salaire minimum à 8 £ par heure au lieu des 5,50 £ d’aujourd’hui». «Mais dans ce combat nous ne sommes pas seuls» précise-t-il «des exemples à l’étranger nous montre que le socialisme est possible». En effet, les militants du Socialist Appeal ont lancé il y a quelques années une association de défense de la révolution au Venezuela, «Hands Off Venezuela». L’originalité de cette démarche est qu’elle s’adresse directement aux travailleurs organisés dans les syndicats, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette initiative rencontre un vrai succès auprès des syndicalistes. Des syndicats entiers ont rejoins l’association tel que le TGWU (Transport and General Workers Union). L’ensemble des syndicats membres de l’association pèsent en tout plus de 5,7 millions d’adhérents.

Comment faire vivre une conscience de classe et l’idée d’une société socialiste au sein des partis de la classe ouvrière ?

Aux syndicats il faut y ajouter quelques membres de la chambre des communes comme le député travailliste John Mc Donnell, des dirigeants syndicaux comme le secrétaire général du syndicat des journalistes, Jeremy Dear et l’auteur marxiste anglais très respecté outre manche dans les rangs les plus militants des syndicats et du Labour, Alan Woods.